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Reddition de compte en organisation communautaire et capacité d’action sur les inégalités sociales – Une démarche de réflexivité collective en CIUSSS

JL

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Jean-Baptiste Leclercq : Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal

Résumé de la communication

Au Québec, l’organisation communautaire dans le réseau de la santé et des services sociaux (RSSS) a évolué depuis les années 1970. Cette pratique d’intervention collective est particulièrement marquée par des processus de formalisation et de normalisation, notamment sous l’influence de la santé publique et de la Nouvelle gestion publique (NGP). Celle-ci consiste en une application de logiques de gestion issues des entreprises privées au champ des administrations publiques. Dans le RSSS, cela se traduit par des processus de reddition de compte répondant à des indicateurs de performance et des exigences d’optimisation dans l’organisation des services et des processus cliniques. Les gestionnaires et les praticiens sont soumis à la production de statistiques pour comptabiliser les interventions selon un cadre normatif, ce qui soulève des enjeux pour le déploiement de certaines pratiques d’intervention, dont l’organisation communautaire. Notre recherche s’est intéressée au cadre normatif – qui est à la fois un système d’information et un instrument de reddition de compte (I-CLSC) – et à la manière dont il est utilisé dans une équipe d’organisateurs communautaires, à savoir quelles en sont les contraintes et marges de manœuvre possibles. Alors que ces professionnels s’interrogent sur les finalités d’un tel instrument et la perte de sens générée, nous avons entrepris une démarche de réflexivité collective afin de questionner l’impact de leurs pratiques sur les inégalités sociales.

Résumé du colloque

Au contexte d’une saine gestion des deniers publics, d’une répartition équitable des ressources et de l’optimisation de la qualité des services, s’ajoute, à notre avis, l’enjeu de reconnaître pleinement les pratiques d’intervention de proximité (IP) pour leurs apports dans l’intervention sociale auprès des communautés en situation de vulnérabilité, de marginalisation, de désaffiliation ou de faible développement économique.

Parmi les grands principes de l’IP, on retrouve des stratégies d’intervention qui s’adaptent au milieu (milieu urbain, milieu rural, etc.) et aux populations présentes sur le territoire. L’IP peut s’inscrire dans une démarche institutionnelle, mais également en dehors de celle-ci. Quel que soit le milieu qui l’offre, cela nécessite une culture d’intervention et une culture organisationnelle qui mettent la communauté au centre de l’intervention. Elle exige donc de repenser les modes d’intervention, la gestion et la reddition de compte qui s’y rattachent (Morin et al., 2015).

Dans une perspective propre au domaine de la santé, « la reddition de compte peut être définie comme le mécanisme permettant au gouvernement de statuer sur l’atteinte de cibles et d’engagements établis par les établissements et les professionnels de la santé pour, ultimement, tenir pour responsable ceux qui échouent à les rencontrer » (Carrier et al., 2016, p. 769). On peut supposer que cette définition s’applique à tout organisme qui travaille en IP et qui reçoit un financement externe pour ses activités.

La reddition de compte pose donc un enjeu de reconnaissance des pratiques, de leur légitimité et de leurs effets. La méthode privilégiée actuellement réfère à une logique quantitative, excluant la logique qualitative, laquelle renvoie notamment à l’expérience et au sens de l’intervention pour les personnes et les communautés concernées. Pourtant, « ce qui compte ne peut pas toujours être compté, et ce qui peut être compté ne compte pas forcément » (Einstein).

Considérant la problématique soulevée, comment rendre compte des effets non quantifiables — le sens — résultant d’une intervention complexe, multidimensionnelle, quotidienne, qui s’inscrit dans la durée, impliquant de nombreux partenaires communautaires et institutionnels, et ce, tout en ne dénaturant pas l’intervention? Selon notre perspective, l’IP s’inscrit pleinement dans un contexte de développement des communautés et, par conséquent, d’intersectorialité avec les autres acteurs sociaux présents sur le territoire.

En bref, la reddition de compte revêt une importance capitale et grandissante pour tout type d’organisation. À cela, s’ajoutent des enjeux de performance et d’efficience auxquels les intervenants et les gestionnaires doivent répondre. Il nous apparaît donc crucial de développer une perspective de gestion réceptive à une reddition de compte innovante, c’est-à-dire une reddition qui institue les effets tangibles et intangibles sur les personnes et les communautés au centre de ses préoccupations.

Contexte

section icon Thème du congrès 2021 (88e édition) :
Du jamais su
section icon Date : 5 mai 2021

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