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Danièle Bélanger : Université Laval
La Turquie accueille le plus grand nombre de réfugiés et de demandeurs d’asile au monde sur son territoire. Avec plus de quatre millions de personnes cherchant refuge dans ce pays situé à la jonction de plusieurs conflits et routes migratoires, la Turquie représente un cas unique pour l’analyse des dynamiques sociales, politiques et économiques qui se déploient en contexte de migration d’exil à grande échelle. Cette présentation proposera quatre aspects de la situation des réfugiés syriens en Turquie. D’une part, l’État turc instrumentalise les Syriens dans sa stratégie politique nationale, régionale et internationale. Tantôt population à protéger, à contenir, à échanger, à expulser et à marchander, les Syriens se retrouvent au cœur d’enjeux géopolitiques complexes. Ces exilés de guerre représentent par ailleurs une main-d’œuvre bon marché facile à exploiter par le secteur privé, aux prises avec une grave crise économique. Finalement, du côté des populations locales, se côtoient les sentiments et les gestes de xénophobie et de solidarité, témoignant des tensions locales et du rôle de la société civile. La conférence proposera quelques extraits d’un documentaire réalisé par Eylem Sen à partir des résultats de recherche d’un projet que j’ai mené en Turquie entre 2016 et 2020 avec Cenk Saracoglu de l’Université d’Ankara. Ce documentaire met en valeur la solidarité des communautés hôtes, tout en reconnaissant les tensions que suscite la situation en Turquie.
Ce colloque vise un débat interdisciplinaire sur les questions touchant à l’état de santé et au bien-être des personnes réfugiées, des demandeurs d’asile et des sans-papiers, au Québec et ailleurs, ainsi qu’aux enjeux sociaux s’y rattachant. Il examine les stratégies que ces personnes mettent en œuvre de même que celles déployées par les professionnels au sein des organisations et des institutions pour favoriser leur intégration. Depuis de nombreuses décennies, le Québec accueille un nombre important de réfugiés. Ces dernières années, les demandeurs d’asile et les personnes sans statut sont en croissance sur le territoire. Leurs conditions sont particulièrement préoccupantes. D’une part, les demandeurs d’asile n’ont pas accès à l’éducation subventionnée, au soutien financier pour la francisation et à des soins de santé courants (MIDI, 2017). Leur situation sur le marché du travail est particulièrement précaire, d’autant plus qu’ils sont plus susceptibles de vivre « certaines formes d’exploitation au travail » (Arsenault, 2019). D’autre part, les personnes sans statut constituent un groupe de la population dont la situation est sous-documentée, du fait que leur présence sur le territoire n’est pas légalement reconnue. Quel que soit leur statut, il est démontré que le vécu et le parcours migratoire peuvent avoir un effet traumatique sur leur santé physique et psychologique, ce qui n’est pas sans conséquence sur le processus d’adaptation à la société d’accueil (Carlsson et Sonne, 2018). Par ailleurs, l’actuelle pandémie de COVID-19 n’est pas sans conséquence sur le parcours d’insertion de cette population particulièrement vulnérable, de même que pour les professionnels et les intervenants du réseau de la santé et des services sociaux. Enfin, bien que le ministère de l’Immigration ait récemment élargi les critères d’admissibilité à l’ensemble des services, il appert que les mandataires de ces services n’ont pas toujours les ressources humaines ni l’expertise nécessaires pour répondre aux besoins particuliers de cette population.
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