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Guelahibi Joëlle Euphrasie Tiéhé : Université Alassane Ouattara
Les savoirs endogènes sont méconnus et rarement employés en Afrique. Pourtant, leur utilité s’avère indispensable. La notion de savoirs traditionnels, ou encore de savoirs indigènes, revêtant une connotation péjorative et renvoyant à des savoirs archaïques et dépassés, est employée en lieu et place de savoirs endogènes. Prospérant dans le sillage occidental, le développement en Afrique s’est voulu exogène et sans recours aux valeurs locales. En faisant table rase des données historiques et culturelles africaines, le développement a été mal amorcé ; il est devenu un produit d’importation duquel on tirerait satisfaction économique, politique et intellectuelle. Ce paradigme de développement ʺcopié-colléʺ, ou encore de développement par transfert de technologie, apparemment facile, n'est cependant pas sans conséquences. Le but principal de cette contribution sera, donc, de montrer l’indissociable rapport existant entre le développement et les savoirs endogènes, tels le recto et le verso d’une même feuille. Il s’agira donc d'inciter les Africains à la reconsidération de leurs valeurs épistémologiques dans la quête d’un développement durable. L’un étant en amont ce que l’autre est en aval, le développement doit avoir pour fertilisant les savoirs endogènes. C’est uniquement à ce prix que nous réussirons le pari d’une renaissance africaine, autrement dit : « an saara ».
Le concept d’africanologie (Diakité, 2016) se définit, selon son concepteur, comme :
« Une discipline réflexive née de la jonction des sciences philosophiques, expérimentales, des cultures africaines, occidentales et des sciences humaines. Elle est un champ interdisciplinaire qui commence d’abord par la philosophie, passe de là aux sciences humaines et s’achève dans les sciences expérimentales. L’Africanologie est une tétraphilosophie; c’est-à-dire qu’elle est à la fois une géophilosophie, une historiophilosophie, une sociophilosophie et une médicophilosophie. Elle se définit donc comme une scientophilosophie, c’est-à-dire l’étude clinique, scientifique et philosophique de l’Afrique à partir de sa genèse et de son fonctionnement en tenant compte de son histoire, de ses cultures, de ses civilisations, de ses découvertes, de ses inventions et de ses pratiques. L’Africanologie est le gain de la symbiose des savoirs occidentaux et des savoirs endogènes africains. » (Diakité, 2018, p.122-123)
L’africanologie peut apparaître comme le résultat d’une volonté de reconstruction et de renaissance d’une société africaine à travers l’éveil des consciences.
Ainsi, à l’image de la négritude, l’africanologie se veut aujourd’hui la thérapeute de l’Afrique et des Africains, en vue de venir à bout des maux qui les rongent. À partir d’un diagnostic réaliste et objectif du mal africain, dénué de toute complaisance, l’africanologie se fait un devoir d’indiquer aux Africains les voies et les moyens susceptibles d’en venir à bout, et donc de créer les conditions de l’émergence, ultime étape vers le développement. Mais en réalité, l’africanologie est-elle susceptible d’influencer le destin de l’Afrique et des Africains, en leur donnant la possibilité de relever les défis du développement? Faut-il voir en l’africanologie un concept de trop au sein des études africaines? Sa démarche se démarque-t-elle des autres disciplines et autres doctrines vouées à l’Afrique? La révolution, sous-tendue par l’éveil des consciences qu’elle prône, ne présuppose-t-elle pas la mise en parallèle des perspectives exogènes et celles dites endogènes? Finalement, quelles peuvent être les forces et les faiblesses de l’africanologie, dans sa contribution à la marche de l’Afrique vers l’émergence, dans un contexte de mondialisation?
Ce colloque vise à faire l’état des lieux des études africaines contemporaines en général, et de l’africanologie en particulier, au regard des défis des temps nouveaux. Il se doit, pour y parvenir, de proposer une discussion critique autour du concept d’africanologie, c’est-à-dire en débattre l’opportunité du surgissement et en relever d’une part les forces et d’autre part les faiblesses, le tout dans une mise en parallèle avec d’autres disciplines, doctrines ou concepts en lien avec l’Afrique, et ce, dans le but de situer la contribution de l’africanologie dans le processus de développement de l’Afrique.