Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Patricia Mélotte : Université libre de Bruxelles
En 2017, l’Université libre de Bruxelles entamait un projet de lutte contre le harcèlement avec 4 objectifs : sensibiliser, améliorer l’accompagnement des victimes, renforcer le cadre disciplinaire et réaliser une enquête. Depuis, les règlements de discipline incluent l'interdiction explicite de toute discrimination, intimidation, ou harcèlement. Une campagne d'affichage a été réalisée et un réseau de personnes relais a été créé, qui orientent les victimes de harcèlement vers les personnes compétentes. Concernant l’enquête, 1649 personnes y ont répondu et les résultats montrent que le harcèlement sexuel est présent à l’université puisque 48 % des participantes et 14 % des participants ont vécu au moins une expérience de harcèlement sexuel. La plupart du temps, les victimes en parlent, mais ne font pas de signalement aux autorités, car elles estiment que la situation n’est pas assez grave ou elles veulent mettre l’incident derrière elles. Les résultats de l’enquête, le bilan et l’évolution du projet seront discutés.
Les violences sexuelles sont prévalentes auprès des populations universitaires en Amérique du Nord et en Europe, en plus d’être associées à des conséquences néfastes. L’enquête Sexualité, sécurité et interactions en milieu universitaire (ESSIMU) a permis d’établir un portrait des violences sexuelles (VS) se déroulant en contexte universitaire québécois en s’appuyant sur une définition large des différentes formes de VS, incluant notamment le harcèlement sexuel, les comportements sexuels non désirés et la coercition sexuelle. Sur les 9284 personnes ayant répondu au questionnaire en ligne, 36,9 % ont rapporté avoir subi au moins une forme de VS en milieu universitaire, depuis leur entrée à l’université, commise par une autre personne affiliée à cette université. Certains groupes sociaux sont davantage victimisés : les femmes (40,6 %), les étudiant.e.s de l’international (41,6 %) et les individus issus de minorités sexuelles (49,2 %) et de genre (55,7 %) (Bergeron et al., 2016). En France, en 2015, l’enquête Violences et rapports de genre (Virage) est réalisée avec le but de documenter les violences sexuelles subies par la population française au cours de leur vie. Dans le cadre de cette enquête, l’Institut national d’études démographiques (INED) lance une enquête complémentaire (Virage-Universités) pour comprendre l’ampleur des violences et des discriminations existantes en milieu universitaire. Sur les 6648 étudiant.e.s ayant répondu au questionnaire en ligne, un total de 1882 étudiant.e.s ont déclaré avoir subi au moins un fait de violence (psychologique, physique ou sexuelle) au cours des 12 mois précédant l’étude. L’enquête a aussi démontré que la nature des violences subies n’est pas la même selon le genre : les étudiantes sont plus touchées par des propos et attitudes à caractère sexuel, tandis que les étudiants mentionnent plus fréquemment des faits de violence psychologique (Lebugle et al., 2018).