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Marie-Ange Cotteret : CNAM Paris (Laboratoire DICEN idf)
« La métrologie est la science de la mesure ; elle embrasse à la fois les déterminations expérimentales et théoriques à tous les niveaux d'incertitude et dans tous les domaines des sciences et de la technologie» Les plus anciennes civilisations organisées utilisent les systèmes de mesure de manière sociale et populaire. C’est l’usage commun. Les systèmes de mesure sont également utilisés et améliorés par les savants et les ingénieurs. Nous conservons des Babyloniens la semaine de 7 jours, le jour de 24 heures, l’heure de 60 minutes, et la minute de 60 secondes. Depuis des temps immémoriaux, nous sommes toutes et tous utilisateurs et opérateurs de mesure. Nous utilisons un langage métrologique qui par son existence même solidarise, exerce une action sociale et solidaire, structure le réel et crée la confiance sur l’apparence du monde réel ou imaginé à un moment, en un endroit donné.
Cette communication se propose ainsi de revenir sur l'étymologie du mot mesure, de décrire l'évolution de la métrologie depuis deux siècles pour aborder la métrologie citoyenne contemporaine et les enjeux liés à l'abondance de résultats de mesure citoyenne.
Les initiatives de métrologie dite « citoyenne » se sont multipliées dans le monde en s’appuyant de manière extensive sur des dispositifs numériques et sur des dynamiques polycentriques cohabitant, plus ou moins consensuellement, avec les approches soutenues par l’acteur politique et public, les institutions scientifiques ou les organismes de santé. Désignées comme des pratiques de « popular epidemiology », de « citizen science », de « street science » ou encore d’« enviro-tracking », ces mesures citoyennes concernent de nombreux thèmes : qualité de l’air et de l’eau, pollens, biodiversité, nuisances sonores et olfactives, îlots de chaleur, radiations... Ces quantifications des milieux s’accompagnent d’une quantification intensive du soi (notamment dans le domaine de la santé). La datafication des milieux se prolonge ainsi jusqu’à un questionnement des rapports d’échelles (perceptions de soi, perception endogène de son habitat, de son territoire étendu, etc.). Tout cela s’inscrit dans un mouvement de tissage continu des données, des objets et des corps et se déploie sur fond de désir de données liées aux économies politiques discutées, controversées, incertaines (Carmes et Noyer, 2015; Saleh, 2018). D’un point de vue international, il s’agit d’examiner les différentes configurations de ces pratiques (leur renforcement) : politiques (cohabitation des initiatives « instituées – instituantes » avec une métrologie autonome, processus de concernement et d’implication des habitants); communicationnelles (modalités d’interaction et de coopération, dynamiques communautaires, médiations…); sociocognitives et socionumériques (littératie des données, production et interprétation des données, création de connaissances, rapports profanes-experts, open data, civic tech, crowdsensing); participatives et rôle des tiers lieux (« labo citoyen », fab labs...); configurations techniques et sémiotiques (IOT, capteurs, mobiles, interfaces, design des données).
Titre du colloque :