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Jean-Marc Nolla : Université de Sherbrooke
L’enseignement de l’évaluation des apprentissages est laborieux (Scallon, 2004). L’évaluation constitue un domaine complexe en soi (Allal, 2002). L’idée de la réussite n’est pas la même partout (Jeffrey, 2013). L’enseignement de l’évaluation requiert la distinction de diverses approches (Ridde et Dagenais, 2013). De plus, l’intégration des technologies numériques (TN) nécessite des changements (Blais et Gilles, 2011). Des changements sont en effet reliés au passage de la formation en présence (FEP) vers la formation à distance (FAD). Mais alors que l’enseignement de l’évaluation doit être adapté à ce passage, soit à une diversité d’outils, de méthodes et de modalités en FAD (Lebrun, 2015; Leroux, 2019), l’expérience des professeurs en FAD n’est pas nécessairement connue. Notre objectif est de comprendre le vécu des professeurs qui sont passés de la FEP vers la FAD en ce qui a trait à l’enseignement de l’évaluation. Pour cela, une recherche qualitative de type phénoménologique a été conduite auprès des professeurs qui offrent des cours en mode hybride. Les données montrent que le passage de la FEP vers la FAD suscite des changements de forme et non de fond dans l’enseignement de l’évaluation. Les changements ont trait à l’outillage dont l’appropriation suscite des alourdissements. Les TN comportent des irritants et suscitent de la stimulation. Les ajustements sont requis pour minimiser les frustrations dans l’enseignement de l’évaluation en FAD.
En formation initiale des enseignants, le temps consacré à la discipline de l’évaluation des apprentissages est très faible (Stiggins, 2017). Au Québec, les programmes préparent peu les futurs enseignants à la réalisation des différentes tâches associées à l’évaluation (CSE, 2019), la plupart des programmes ne comprenant que 3 ou 4 crédits sur les 120 totaux (soit environ 3 %). Cette faible importance détonne avec celle décrite par les études sur les tâches liées à l’évaluation des apprentissages, qui estiment qu’elles occupent de 30 à 50 % du temps des enseignants (Stiggins, 1991; Frey et Schmitt, 2010). Ce fossé entre le nombre d’heures de formation et la complexité de l’évaluation explique probablement le décalage observé entre les pratiques promulguées dans les documents ministériels et les pratiques observées dans les classes du primaire (Durand, 2010), bien que les programmes ontariens équivalents, ayant un taux de crédits plus grand, fassent les mêmes constats.
L’évaluation des apprentissages est une discipline complexe (Dionne, 2011) et son enseignement repose sur deux éléments distincts. D’abord, l’évaluation des apprentissages reprend des éléments de la psychométrie (Auger, 2000), des statistiques (Laveault et Grégoire, 2014), des différentes didactiques et des écrits sur la motivation (Chouinard, 2002) en plus d’avoir son propre corpus d’écrits spécifiques (Scallon, 2004; Tardif, 2006; Laurier et coll., 2005). Ensuite, le vécu des étudiants, alors qu’ils étaient élèves, amène un préjugé cognitif qui les amène à utiliser les modalités d’évaluation qu’ils ont vécues (Romainville, 2006) au détriment des nouvelles stratégies, comme l’utilisation de tâches complexes et les approches critériées. Alors que de nombreux États proposent une modernisation des pratiques d’évaluation, comme celle proposée dans la politique québécoise d’évaluation des apprentissages (MEQ, 2003), il appert important de dresser un portrait de l’enseignement de l’évaluation des apprentissages.
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