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Discontinuités dans le récit de soi : Christopher Isherwood narrateur de sa sexualité et de ses exils

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Dominic Morin : École normale supérieure

Résumé de la communication

Au travers de son œuvre essentiellement autobiographique et autofictionnelle, le romancier anglais Christopher Isherwood (1904-1986) nous propose une réflexion sur la fragmentation et la discontinuité des récits de soi pour les subjectivités qui vivent l’exil et la marginalisation. Homosexuel d’abord discret, ses romans tracent différents portraits de ses déplacements consécutifs en Europe dans les années 30, puis de son exil définitif aux États-Unis au moment de l’éclosion de la guerre. Par des récits déconnectés et différentes versions de lui-même comme protagonistes, son œuvre nous révèle les limites de la narration à rendre compte des vies fragmentées. D’un côté, il est forcé de dissimuler sa vie affective avant son coming out des années 60. En conséquence, le protagoniste de ses romans est asexué et déconnecté, la critique en dit un « sexless nitwit ». D’un autre côté, incapable de faire correspondre les différents fragments de sa vie, il s’avoue incapable d’en faire un récit unifié et continue. Par notre étude de ses romans et carnets, nous chercherons donc à montrer comment les différentes fragmentations de la vie de l’auteur empêchent d’en faire un récit à soi unifié, et comment ces limites narratives peuvent être des limites à l’introspection de l’auteur lui-même. En déjouant les catégories cardinales de la théorie narrative (auteur, continuité, unicité, etc.), les récits fragmentés d'Isherwood donnent à voir les vies autrement invisibles à la théorie narrative.

Résumé du colloque

Afin de faire écho au thème du 88e congrès de l’Acfas, intitulé Du jamais su, la Société de philosophie du Québec invite ses membres à réfléchir aux invisibles et aux inaudibles de la philosophie. Bien que la philosophie se veuille une recherche de vérité, une quête de sagesse, on peut se questionner sur ses angles morts. Qu’est-ce qui est mis de côté dans cette quête, et pourquoi? Nous pouvons penser à la philosophie grecque qui s’échafaude sur un rejet de la mythologie afin de fonder un discours rationnel. À la philosophie médiévale, dans la lignée de l’héritage de la tradition chrétienne, qui a, de son côté, contribué à un rejet du corps et du monde ici-bas. À Kant, dans son geste de déconstruction de la métaphysique, qui a séparé ce qu’il était possible de penser de ce qu’il était possible de connaître. Ou plus près de nous, au tournant linguistique qui est venu remettre en question le langage même de la métaphysique en traquant les énoncés mal formés et sans signification réelle.

Chaque époque, chaque courant philosophique semble mettre de côté certains aspects ou certaines expériences afin de délimiter son objet de connaissance et les possibilités de connaître, reléguant ces éléments à l’invisibilité ou à l’inaudibilité. Certains de ces aspects semblent ensuite être « redécouverts » par les courants subséquents, ouvrant ainsi des débats dans l’histoire de la philosophie. S’intéresser aux invisibles et aux inaudibles pourrait se révéler une manière de penser à nouveaux frais l’histoire des débats philosophiques et la formation du canon en philosophie; une manière de réfléchir à ceux et celles qui font l’histoire et du même coup, à ceux et celles qui sont tombé.e.s dans l’oubli, aux voix marginalisées. Qu’est-ce qui se cache dans les marges de la philosophie? Y a-t-il du jamais su?

Contexte

section icon Thème du congrès 2021 (88e édition) :
Du jamais su
section icon Date : 6 mai 2021

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