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Anouchka Stevellia Moussavou Nyama : Aix-Marseille Université
En Afrique centrale, il y a une idée très répandue de la figure de l’homosexuelle : pour un homme, il doit être nécessairement efféminé, quant à la fille, on s’attend à ce qu’elle soit masculinisée. La sexualité de ces deux figures est sujette à toutes sortes de projections fantasmatiques. Dans ses deux romans Crépuscule du tourment, Leonora Miano s’attache à représenter des sexualités « hors normes » à travers les figures d’Ajar, jeune subsaharienne qui décide seule de rompre son hymen ; d’Ixora une jeune mère, rompue à l’abstinence sexuelle qui découvre son homosexualité après un séjour à Katiopa ; d’Amok, jeune subsaharien désireux de « pénétrer une femme qui puisse lui rendre la pareille, une créature divine complète » (Miano 257) ; et de Regal un enseignant d’université à double facette qui « n’aimait pas les hommes, mais les désirait... » (Miano 194). Cette communication se propose de lire les mécanismes de « l’agentivité sexuelle » et le « trouble dans le genre » des personnages de Miano, tout en questionnant la portée militante et éducative qui dénoterait de sa création romanesque sur la sexualité.
Les dernières années se démarquent par une pluralité de discours et de représentations (littéraires, artistiques ou cinématographiques) inédites sur la sexualité des femmes, des minorités sexuelles et de genre, ainsi que sur des pratiques sexuelles et affectives alternatives telles le BDSM et les non-monogamies. On assiste à un certain élargissement du droit à la subjectivité et à l’agentivité sexuelle des groupes opprimés. Au centre des préoccupations sur les sexualités vient le consentement. Le mouvement #metoo a fait émerger plusieurs questions sur la sexualité égalitaire : comment politiser collectivement le consentement dans un contexte individualiste néolibéral? Quelle est la place du désir et du plaisir dans le consentement? Quelles pratiques éducatives, militantes ou culturelles peut-on mettre en place? D’un point de vue féministe, queer, antiraciste et décolonial, comment (re)penser la subversion érotique et les stratégies de résistance face aux impératifs des industries culturelles qui tendent à édulcorer la radicalité politique de certains discours et représentations? Ce colloque constitue un espace d’arrimage interdisciplinaire des savoirs à propos du consentement, du plaisir et du désir en partageant des outils conceptuels souvent ignorés d’une discipline à l’autre, tels que l’injustice épistémique (Fricker, 2007; Dotson, 2018), les scripts sexuels (Simon et Gagnon, 1973) et l’agentivité sexuelle (Lang, 2011; Lavigne et coll., 2019), les affects et la corporéité (Gregg et Seigworth, 2010; Grosz, 1994, 2017; Ahmed, 2017). Les axes suivants seront explorés : 1) Apports épistémologiques, critiques et éthiques : quelles injustices épistémiques reproduisent les théories actuelles? Quelles sont les avenues de (re)politisation des savoirs sur les concepts de consentement, de désir et de plaisir? 2) Apports théoriques : quels arrimages possibles entre les concepts de corporéité ou des affects à la théorie des scripts sexuels ou de l’agentivité sexuelle? et 3) Représentations des corps et des sexualités : Quels contre-scripts observons-nous (au cinéma, dans les séries, les œuvres littéraires, la pornographie, etc.)? Quelles avenues de résistance proposent-ils ou encore à quelles réifications s’adonnent-ils? Quel est le potentiel éducatif et militant de ces représentations?
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