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Alexandra Guité : Université de Montréal
La souffrance psychique de Cioran est perceptible dans presque chaque ligne qu’il cisèle. Une possible guérison ou du moins l’apaisement de son immense douleur pourrait-elle être l’une des aspiration de son entreprise littéraire et philosophique? C‘est cette quête d’un certain salut qui le fait explorer, entre autres, la pensée indienne, dont le bouddhisme. Une entreprise qui n’est pas sans rappeler la notion antique de la philosophie comme thérapie de l’âme développée par Pierre Hadot. Dans la présente communication, nous révélerons les liens mais aussi les distances conceptuelles entre la pensée dite orientale et les aspirations de détachement de Cioran. Quoique cette approche philosophique et spirituelle l’accompagne et parfois même le berce, il ne pourra la faire sienne complètement. La pensée ‘orientale’ lui offrira ainsi un refuge mais il ne pourra en faire une demeure permanente. Cette tension est constante et emblématique de la pensée de Cioran. Un détachement qui est à la fois souhaitable et impossible. Nous verrons ces points de rapprochements tout en cernant les distances que Cioran place entre lui et la sagesse du détachement. En marges de la philosophie occidentale, nous aborderons la philosophie indienne. En marges du canon de la philosophie, nous plongerons dans l’œuvre d’un penseur à la voix plus dissonante.
Afin de faire écho au thème du 88e congrès de l’Acfas, intitulé Du jamais su, la Société de philosophie du Québec invite ses membres à réfléchir aux invisibles et aux inaudibles de la philosophie. Bien que la philosophie se veuille une recherche de vérité, une quête de sagesse, on peut se questionner sur ses angles morts. Qu’est-ce qui est mis de côté dans cette quête, et pourquoi? Nous pouvons penser à la philosophie grecque qui s’échafaude sur un rejet de la mythologie afin de fonder un discours rationnel. À la philosophie médiévale, dans la lignée de l’héritage de la tradition chrétienne, qui a, de son côté, contribué à un rejet du corps et du monde ici-bas. À Kant, dans son geste de déconstruction de la métaphysique, qui a séparé ce qu’il était possible de penser de ce qu’il était possible de connaître. Ou plus près de nous, au tournant linguistique qui est venu remettre en question le langage même de la métaphysique en traquant les énoncés mal formés et sans signification réelle.
Chaque époque, chaque courant philosophique semble mettre de côté certains aspects ou certaines expériences afin de délimiter son objet de connaissance et les possibilités de connaître, reléguant ces éléments à l’invisibilité ou à l’inaudibilité. Certains de ces aspects semblent ensuite être « redécouverts » par les courants subséquents, ouvrant ainsi des débats dans l’histoire de la philosophie. S’intéresser aux invisibles et aux inaudibles pourrait se révéler une manière de penser à nouveaux frais l’histoire des débats philosophiques et la formation du canon en philosophie; une manière de réfléchir à ceux et celles qui font l’histoire et du même coup, à ceux et celles qui sont tombé.e.s dans l’oubli, aux voix marginalisées. Qu’est-ce qui se cache dans les marges de la philosophie? Y a-t-il du jamais su?
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