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Claire Polo : Université Lumière-Lyon-II
Croisant perspectives éducative et linguistique, mon propos s'appuie sur un corpus vidéo
d'une dizaine de cafés-débats menés en 2011 et 2012 au Mexique, aux USA et en France. Via
un dispositif de débat innovant, des jeunes sont amenés à réfléchir à ce qui conditionnera
l'accès à l'eau potable à l’avenir. Les élèves argumentent en défiant les modèles traditionnels,
mêlant savoirs scolaires, expériences vécues, émotions, valeurs, prêt-à-penser médiatique,
mouvements de pensée inattendus. Pour rendre compte de leurs pratiques, je mobilise des
concepts de différentes disciplines éclairant ce qui est en train de se dire, et de se penser. Il
s’agit de donner à voir les ressources cognitives utilisées, leur exploitation argumentative
faisant évoluer la compréhension du problème, et les facteurs qui influencent cet
apprentissage. Principalement qualitative, ma démarche est outillée quantitativement, lorsque
c’est nécessaire : textométrie, codage validé par la méthode des juges. Revisitant la typologie
de Mercer (1996), je propose 5 indicateurs de la qualité du discours de groupe. L'originalité
de mon entreprise réside 1) dans l’appréhension conjointe des trois aspects cognitif, social et
émotionnel de ces pratiques et 2) dans le respect de la singularité de leurs objets. Par exemple,
à partir des paramètres émotionnants identifiés par Plantin (2011), j’étudie la dimension
émotionnelle de ce que Grize (1996) appelle la schématisation des objets de discours.
Depuis les années 1990, une partie de la recherche internationale en éducation s’interroge sur ce que suppose, dans les pratiques d’éducation formelle et non formelle, la prise en charge de controverses socioscientifiques, en considérant notamment les questions de santé, d’environnement, de biodiversité et de développement durable.
Les questionnements ont porté en particulier sur : a) les défis à relever pour que l’enseignement des controverses trouve une place dans un enseignement traditionnellement tourné vers les savoirs stabilisés, notamment en classe de sciences; b) la diversité de significations associées au concept de controverse; c) la diversité et la complexité des savoirs en jeu (savoirs savants, savoirs éthiques, savoirs expérientiels, vernaculaires, etc.); d) des liens entre la problématisation induite par les controverses socioscientifiques, d’une part, et l’apprentissage de savoirs induits par l’argumentation, d’autre part; et e) l’importance d’autres éléments sociocognitifs (croyances, émotions, valeurs, champs d’intérêt, enjeux identitaires) qui contribuent à la construction des opinions et à l’exercice réel d’une citoyenneté scientifique.
Ces questionnements nécessitent aujourd’hui un partage des concepts et des résultats, mais également des méthodes éducatives, s’appuyant le plus possible sur des retours d’expériences à la fois pédagogiques, didactiques, sociologiques et communicationnelles.
Dix ans après l’ouvrage Enseigner les controverses de Virginie Albe (2009) et alors que Jean Simonneaux (2019) vient de coordonner un ouvrage sur la démarche d’enquête comme contribution à la didactique des questions socialement vives, ce colloque francophone international se propose de regrouper une partie des chercheurs et des éducateurs qui travaillent sur les enjeux, les défis et les méthodes liés au traitement de controverses socioscientifiques, quels que soient les contextes (éducation formelle ou non formelle) et l’âge des publics (enfants, adolescents, adultes).
Titre du colloque :