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Louis Pelletier : Université de Montréal
Les Québécois, on le sait, durent attendre de nombreuses décennies après l’invention du cinéma pour voir des films racontant leurs histoires apparaître sur une base régulière sur les écrans de la province. Cela ne veut néanmoins pas dire que la production cinématographique était inexistante avant la décennie 1960. Le Québec compte notamment entre les années 1930 et 1950 un grand nombre de cinéastes amateurs s’illustrant sur les scènes provinciale et internationale. Leurs productions sont toutefois aujourd’hui largement ignorées et négligées. Cette situation est d’abord due à l’histoire des archives cinématographiques, qui se sont surtout acharnées à défendre le cinéma comme art et à sauver le cinéma d’auteur. Une seconde situation ayant entravé la diffusion du cinéma amateur est le fait que la grande majorité des films amateurs utilisaient le Kodachrome, une émulsion inversible se copiant très mal. Les archives ne rendent ainsi disponibles que des copies de consultation de mauvaise qualité. Le manque d’intérêt pour ce pan essentiel du cinéma québécois, qui s’en trouve de ce fait réduit à sa valeur de document, ne saurait donc surprendre. L’avènement du numérique crée maintenant les conditions pour une redécouverte de ce corpus. On peut aujourd’hui produire à bas coûts des copies numériques reflétant l’essentiel des qualités visuelles des bandes originales, tandis que les plateformes de visionnement en ligne démocratisent l’accès à ce cinéma vernaculaire.
L’évolution des savoirs de nature historiographique repose en bonne partie sur l’élection de nouveaux objets liés à un travail archivistique (voire archéologique) qui provoque l’émergence de nouvelles problématiques et la configuration de nouveaux récits. Les travaux sur la vie culturelle québécoise ne font pas exception. Ainsi, l’exhumation de pratiques scripturaires féminines invite à penser un peu autrement la littérature québécoise, en lui incorporant un corpus faisant place à l’intime; la découverte, dans les journaux du début du 20e siècle, de discours sur le cinéma ou le théâtre, invalide les topoï relatifs à une modernité qui ne serait advenue qu’à partir de la Révolution tranquille. A contrario, les historiens et les sociologues nous ont montré que cette révolution était profondément nourrie par des mouvements catholiques, pourtant jugés comme des adversaires de la modernité. Choisis parmi d’autres, ces deux exemples montrent le rôle cardinal de l’exhumation d’objets culturels « oubliés » dans la compréhension des enjeux sociétaux. Ce type d’étude touche toutes les disciplines, à la fois celles qui étudient la culture (histoire de l’art, danse, littérature, musique, cinéma, architecture, etc.) et celles qui relèvent des sciences humaines au sens large (philosophie, histoire, géographie, etc.). Le présent colloque vise à rassembler des chercheurs de diverses disciplines, intéressés, de manière ponctuelle ou systématique, à l’étude d’objets culturels « oubliés ». Au-delà de l’examen de divers cas d’exhumation, il s’agira d’étudier les conditions et les mécanismes de l’oubli dans leur variété (« verrous » critiques, fragilité des supports ou faiblesse de la conservation, définition péjorative des objets antérieurement à leur analyse, prééminence de stéréotypes, etc.), afin de les contrer. Nous faisons le pari que ces échanges permettront d’esquisser des pratiques propres à désenclaver les nouveaux savoirs en études québécoises.
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