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Isabelle Boisclair : Université de Sherbrooke
Une scène sexuelle fondée sur un script (Gagnon et Simon) inédit est au cœur de La dévoration des fées de Catherine Lalonde, conte queer publié au Quartanier en 2017. Cette scène est non seulement inédite, elle est jugée « choquante » pour beaucoup de lecteurs et lectrices, provoquant jusqu’au « dégout » chez certain·es (Le fil rouge). On la considère d’une gravité telle que la réception immédiate la tait, préserve son dévoilement, lui conférant par prétérition la valeur d’un punch qu’il ne faut pas révéler. C’est sur cette scène qui transgresse plusieurs tabous que je veux me pencher dans cette communication, en analysant le script sexuel qui y est joué, soutenant qu’il est placé sous le signe de la chora sémiotique (Kristeva). On verra que ce script inédit instaure une économie du désir fondée sur un pacte d’échange situé hors de l’économie hétéropatriarcale, pacte affectant aussi bien l’espace et le temps que les actrices concernées et échappant aux hiérarchies sexuelles instituées (Rubin).
Les dernières années se démarquent par une pluralité de discours et de représentations (littéraires, artistiques ou cinématographiques) inédites sur la sexualité des femmes, des minorités sexuelles et de genre, ainsi que sur des pratiques sexuelles et affectives alternatives telles le BDSM et les non-monogamies. On assiste à un certain élargissement du droit à la subjectivité et à l’agentivité sexuelle des groupes opprimés. Au centre des préoccupations sur les sexualités vient le consentement. Le mouvement #metoo a fait émerger plusieurs questions sur la sexualité égalitaire : comment politiser collectivement le consentement dans un contexte individualiste néolibéral? Quelle est la place du désir et du plaisir dans le consentement? Quelles pratiques éducatives, militantes ou culturelles peut-on mettre en place? D’un point de vue féministe, queer, antiraciste et décolonial, comment (re)penser la subversion érotique et les stratégies de résistance face aux impératifs des industries culturelles qui tendent à édulcorer la radicalité politique de certains discours et représentations? Ce colloque constitue un espace d’arrimage interdisciplinaire des savoirs à propos du consentement, du plaisir et du désir en partageant des outils conceptuels souvent ignorés d’une discipline à l’autre, tels que l’injustice épistémique (Fricker, 2007; Dotson, 2018), les scripts sexuels (Simon et Gagnon, 1973) et l’agentivité sexuelle (Lang, 2011; Lavigne et coll., 2019), les affects et la corporéité (Gregg et Seigworth, 2010; Grosz, 1994, 2017; Ahmed, 2017). Les axes suivants seront explorés : 1) Apports épistémologiques, critiques et éthiques : quelles injustices épistémiques reproduisent les théories actuelles? Quelles sont les avenues de (re)politisation des savoirs sur les concepts de consentement, de désir et de plaisir? 2) Apports théoriques : quels arrimages possibles entre les concepts de corporéité ou des affects à la théorie des scripts sexuels ou de l’agentivité sexuelle? et 3) Représentations des corps et des sexualités : Quels contre-scripts observons-nous (au cinéma, dans les séries, les œuvres littéraires, la pornographie, etc.)? Quelles avenues de résistance proposent-ils ou encore à quelles réifications s’adonnent-ils? Quel est le potentiel éducatif et militant de ces représentations?
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