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Maxime F.-Giguère : Université Laval
L’un des objectifs de l’analyse de la dysfonction préjudiciable (HDA) est d’écarter l’argument antipsychiatrique de type szaszien (Wakefield, 2021). Or, la persistence de problèmes non-résolus liés à la clause factuelle tels que la critique du mismatch, réaffirmés dans Defining Mental Disorder : Jerome Wakefield and His Critics (2021), montre que cet objectif n’est pas atteint. Si la clause factuelle de la HDA ne peut pas délimiter clairement les troubles mentaux des situations dévaluées, alors elle n’écarte pas l’argument de type szaszien. Dans cette présentation, je soutiens qu’une avenue inexplorée par Wakefield pourrait lui permettre d’écarter ce type d’argument. Je montrerai que l’argument de type szaszien s’appuie sur une analogie entre troubles mentaux et somatiques et que deux types de réponses, correspondant aux deux volets de l’analogie, y sont possibles. Je soutiendrai que les réponses à l’argument szaszien portant sur la composante somatique de l’analogie ont été plus déterminantes d’un point de vue historique : Wakefield devrait en ce sens employer ce type de réponse s’il désire écarter l’argument szaszien. Je conclurai la présentation en illustrant comment une réponse somatique permettrait d’écarter l’argument du mismatch reconduisant vers l’argument szaszien.
Afin de faire écho au thème du 88e congrès de l’Acfas, intitulé Du jamais su, la Société de philosophie du Québec invite ses membres à réfléchir aux invisibles et aux inaudibles de la philosophie. Bien que la philosophie se veuille une recherche de vérité, une quête de sagesse, on peut se questionner sur ses angles morts. Qu’est-ce qui est mis de côté dans cette quête, et pourquoi? Nous pouvons penser à la philosophie grecque qui s’échafaude sur un rejet de la mythologie afin de fonder un discours rationnel. À la philosophie médiévale, dans la lignée de l’héritage de la tradition chrétienne, qui a, de son côté, contribué à un rejet du corps et du monde ici-bas. À Kant, dans son geste de déconstruction de la métaphysique, qui a séparé ce qu’il était possible de penser de ce qu’il était possible de connaître. Ou plus près de nous, au tournant linguistique qui est venu remettre en question le langage même de la métaphysique en traquant les énoncés mal formés et sans signification réelle.
Chaque époque, chaque courant philosophique semble mettre de côté certains aspects ou certaines expériences afin de délimiter son objet de connaissance et les possibilités de connaître, reléguant ces éléments à l’invisibilité ou à l’inaudibilité. Certains de ces aspects semblent ensuite être « redécouverts » par les courants subséquents, ouvrant ainsi des débats dans l’histoire de la philosophie. S’intéresser aux invisibles et aux inaudibles pourrait se révéler une manière de penser à nouveaux frais l’histoire des débats philosophiques et la formation du canon en philosophie; une manière de réfléchir à ceux et celles qui font l’histoire et du même coup, à ceux et celles qui sont tombé.e.s dans l’oubli, aux voix marginalisées. Qu’est-ce qui se cache dans les marges de la philosophie? Y a-t-il du jamais su?