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Louis Pierre Côté : UQTR- Université du Québec à Trois-Rivières
Je suggère que la honte, en tant que sentiment de non-conformité face au regard d’autrui, tient une place importante au sein de la production du système hétéronormatif. En théorie queer l’intérêt pour la honte en tant qu’expérience vécue par les personnes chères est marqué, notamment chez Sedgwick (1990, 1993) et Ahmed (2004, 2006). J’estime toutefois que ces autrices n’accordent pas suffisamment d’importance à la relation qu’entretient la honte avec les dynamiques d’oppressions hétérosexistes vécues par les personnes queer. Ainsi, j’entends soutenir (1) que la honte vécue par les personnes queer ne saurait être considérée indépendamment du système hétéronormatif et des oppressions qu’il reconduit, et (2) que la considération de cette relation est plus convaincante sur le plan théorique et plus pertinente afin de penser une réappropriation positive de la honte comme résistance à l’oppression hétérosexiste.
Les dernières années se démarquent par une pluralité de discours et de représentations (littéraires, artistiques ou cinématographiques) inédites sur la sexualité des femmes, des minorités sexuelles et de genre, ainsi que sur des pratiques sexuelles et affectives alternatives telles le BDSM et les non-monogamies. On assiste à un certain élargissement du droit à la subjectivité et à l’agentivité sexuelle des groupes opprimés. Au centre des préoccupations sur les sexualités vient le consentement. Le mouvement #metoo a fait émerger plusieurs questions sur la sexualité égalitaire : comment politiser collectivement le consentement dans un contexte individualiste néolibéral? Quelle est la place du désir et du plaisir dans le consentement? Quelles pratiques éducatives, militantes ou culturelles peut-on mettre en place? D’un point de vue féministe, queer, antiraciste et décolonial, comment (re)penser la subversion érotique et les stratégies de résistance face aux impératifs des industries culturelles qui tendent à édulcorer la radicalité politique de certains discours et représentations? Ce colloque constitue un espace d’arrimage interdisciplinaire des savoirs à propos du consentement, du plaisir et du désir en partageant des outils conceptuels souvent ignorés d’une discipline à l’autre, tels que l’injustice épistémique (Fricker, 2007; Dotson, 2018), les scripts sexuels (Simon et Gagnon, 1973) et l’agentivité sexuelle (Lang, 2011; Lavigne et coll., 2019), les affects et la corporéité (Gregg et Seigworth, 2010; Grosz, 1994, 2017; Ahmed, 2017). Les axes suivants seront explorés : 1) Apports épistémologiques, critiques et éthiques : quelles injustices épistémiques reproduisent les théories actuelles? Quelles sont les avenues de (re)politisation des savoirs sur les concepts de consentement, de désir et de plaisir? 2) Apports théoriques : quels arrimages possibles entre les concepts de corporéité ou des affects à la théorie des scripts sexuels ou de l’agentivité sexuelle? et 3) Représentations des corps et des sexualités : Quels contre-scripts observons-nous (au cinéma, dans les séries, les œuvres littéraires, la pornographie, etc.)? Quelles avenues de résistance proposent-ils ou encore à quelles réifications s’adonnent-ils? Quel est le potentiel éducatif et militant de ces représentations?
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