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La nécessaire socialisation de l’être humain : ses cadres, ses modalités, ses temps et ses effets

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Bernard Lahire : École normale supérieure de Lyon

Résumé de la communication

Conférence d'ouverture.

L’espèce humaine est l’espèce animale la plus dépendante de ses apprentissages pour sa survie. Si les animaux non-humains apprennent eux-aussi, l’être humain se distingue par une grande plasticité cérébrale tout au long de la vie, par une forte capacité à l’attention conjointe facilitant les processus d’imitation et permettant des transmissions culturelles de haute fidélité, et par l’accumulation exponentielle des savoirs, savoir-faire et artefacts de toutes sortes. Prenant acte de cette situation propre à l’espèce humaine, le concept de socialisation désigne le mouvement par lequel le monde social façonne, de manière diffuse ou de façon explicite, les individus vivant en son sein. Dit autrement, la socialisation est le processus par lequel un être biologique est transformé, sous l’effet des multiples interactions qu’il entretient dès sa naissance, et tout au long de sa vie, avec d’autres individus et avec tout un monde matériel issu de l’histoire, en un être social adapté à un univers sociohistorique déterminé. Mais pour ne pas faire de la notion de socialisation un concept purement évocateur, les chercheurs doivent décrire et analyser les cadres, les modalités, les temps et les effets de ces processus de socialisation.

Résumé du colloque

Dans l’analyse des parcours d’apprentissage tout au long et au large de la vie, la question de la socialisation se pose de façon nouvelle, évoquant l’idée que la socialisation se déroule dans plusieurs sphères de vie à la fois, comme la famille, les services de garde, l’école, le travail, le sport et autres. On s’intéresse alors à une « socialisation continue » (Darmon, 2016) où s’entrelacent des influences de plusieurs instances socialisatrices dans des environnements divers. La socialisation emprunte ainsi à des logiques d’action souvent contrastées, ce qui est caractéristique de l’individu pluriel (Lahire, 1998). Ainsi, dans un monde en profonde transformation où les grandes institutions, notamment l’école, perdent une partie de leur influence de socialisation, il est nécessaire de poser un regard neuf sur le processus de socialisation, tout particulièrement lorsqu’on s’intéresse aux populations en situation de vulnérabilité sociale et aux environnements qu’elles fréquentent, notamment ceux numériques. Les communications de ce colloque s’intéressent à la socialisation à différents âges de la vie : l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte ainsi qu’à la méthodologie de travail pour documenter la socialisation, celle‑ci posant des défis aux équipes de recherche qui travaillent souvent avec des méthodes de plusieurs disciplines (géographie, philosophie, psychologie, sociologie, sciences de l’éducation, sciences de l’information, sciences politiques). Nous inspirant de la proposition du sociologue Bernard Lahire (2013, 2015), nous discutons de la faisabilité et de la pertinence de documenter dans nos enquêtes les cadres (ex. : instances ou institutions), les modalités (ex. : les techniques, les manières de faire), les temps (ex. : les rythmes, les durées, les moments) et les effets (ex. : les dispositions qui résultent du processus).

Le but du colloque est de favoriser le dialogue et le croisement de perspectives sur la question de la socialisation dans les parcours d’apprentissage à tous les âges de la vie et dans différents environnements. Nous poursuivons deux objectifs spécifiques :

  1. Mettre en commun les marqueurs de socialisation ayant une incidence particulière chez les personnes en situation de vulnérabilité sociale;
  2. Discuter de la pertinence et de la faisabilité de documenter systématiquement les cadres, les modalités, les temps et les effets dans les études incluant les apprentissages par socialisation.

Ce travail permet d’éclairer des apprentissages réalisés, de façon tacite ou non, dans l’exercice d’une pratique, qu’elle soit structurée (ex. : sportive ou religieuse), plus ancrée dans une culture de débrouillardise (ex. : fabrication des repas avec peu) ou ceux de la sphère numérique (ex. : raccourcissement des durées de réponse), et leur influence dans la poursuite du parcours d’apprentissage et au moment de transitions diverses.

Contexte

section icon Thème du congrès 2021 (88e édition) :
Du jamais su
section icon Date : 6 mai 2021

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