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Louis-Vincent Laperrière-Désorcy : University of Toronto
« L’archéologie collaborative est l’avenir de la discipline », « Il faut décoloniser la pratique », « Ne te laisse surtout pas marcher dessus », « Ils vont détourner ta recherche à des fins politiques ». Ces phrases sont quelques exemples de propos, tantôt présents sur la place publique et tantôt en privé, qui dénotent un double discours empli d’inquiétudes toujours belles et bien présentes chez les archéologues. La pratique d’une archéologie en partenariat avec des communautés autochtones est en pleine expansion au Québec, ce qui permet à des étudiants de réaliser des recherches collaboratives à l’intérieur d’un cadre universitaire parfois réticent à l’adoption d’une véritable hiérarchisation des savoirs et à la réappropriation de la recherche par les communautés concernées. Cette présentation s’attarde à discuter d’enjeux et questionnements éthiques, professionnels et personnels qui ont émergé (et qui continue d’émerger…!) lors de l’élaboration et l’implémentation de mon projet doctoral en collaboration avec le Bureau du Ndakina du Grand Conseil de la Nation Waban-Aki. D’une perspective de chercheur et étudiant non autochtone convaincu que l’archéologie ne peut être complètement apolitique, les idéaux théoriques issus de la décolonisation scientifique de l’archéologie sont toutefois difficiles à accomplir en contexte d’obtention de diplôme universitaire et méritent d’être discutés.
La recherche universitaire au Canada assiste à de plus en plus d’initiatives de réconciliation avec les peuples autochtones et à des tentatives d’autochtonisation d’institutions et de pratiques. Ces mouvements, inspirés par la critique décoloniale, visent à ce que les recherches servent en premier lieu aux communautés concernées (Smith, 2013). L’approche par recherche-action participative et les recherches partenariales ou collaboratives se présentent comme des méthodes valorisées pour mobiliser les communautés dans ce processus (Éthier, 2010). Ce surcroît d’intérêt des chercheurs et des étudiants pour les études autochtones est aussi lié à des possibilités de financement.
Cette situation contribue à une réappropriation de la recherche et de la parole par les communautés. Plusieurs ont démontré que cette démarche valide les études et contribue à bonifier les résultats qui en découlent (Asselin et Basile, 2012). De plus, les innovations sociales provenant du monde autochtone profitent à la société et aux recherches en général, en valorisant des perspectives et des épistémologies marginalisées (Smith, 2013).
Toutefois, cette popularisation des études autochtones n’est pas à l’abri des effets de mode. L’approche communautaire en recherche comporte aussi des limites et pose plusieurs défis et dilemmes. En outre, des concepts tels que la réconciliation et l’autochtonisation sont lourds de sens et doivent être employés avec parcimonie. De plus, ces approches ne garantissent pas qu’il ne puisse s’opérer une hiérarchisation des savoirs et des rôles dans les équipes et dans la répartition du financement. Il convient donc de réfléchir à ces nouvelles pratiques et aux manières de mener des études en milieux autochtones dans ce nouveau contexte en émergence.
Nous invitons des acteurs des milieux autochtones et leurs partenaires à venir échanger leurs expériences et leurs points de vue. Nous interrogerons des manières d’éviter des dérives et diverses formes d’instrumentalisation. Nous aborderons les défis (politiques, éthiques, méthodologiques et épistémologiques) liés à la mobilisation des savoirs, les conditions gagnantes pour que les gens des milieux autochtones s’approprient les recherches et des stratégies pour arrimer les innovations sociales communautaires à celles du milieu académique.
De par sa formule interdisciplinaire et internationale, le colloque encouragera un réseautage et un échange de bonnes pratiques. Il contribuera à sensibiliser les conférenciers et l’auditoire à plusieurs défis et écueils qui guettent les études adoptant des méthodologies communautaires.
L’événement est organisé par le Bureau du Ndakina du Grand Conseil de la Nation Waban-Aki. La présence de l’organisation de la Nation W8banaki soulignera du fait même que la 88e édition du congrès de l’Acfas se tient sur son territoire ancestral. Le colloque regroupera des instituts culturels ou des instituts de recherche de plusieurs nations autochtones et des chercheurs de plusieurs universités.
Titre du colloque :