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Michel Mallet : Université de Moncton
Dans son roman La fiancée américaine, qui se déroule à la fin des années 1990, Éric Dupont accorde une grande importance à la représentation de l’Allemagne. Plusieurs aspects culturels et linguistiques y sont décrits par le biais d’une perspective croisée, à la fois québécoise et allemande, grâce aux témoignages oraux et écrits des personnages Gabriel et Magdalena Berg, sa voisine de palier à Berlin. Or, au-delà des anecdotes sur l'Allemagne contemporaine, qui permettent au lecteur de se familiariser avec les particularités de ce pays, c'est surtout la nostalgie que ressent Magdalena Berg pour sa Heimat perdue, la Prusse orientale, qui ajoute une dimension à la fois historique, tragique et sentimentale au portrait de l'Allemagne que procure le roman de Dupont. Ce retour vers le passé de Magdalena Berg n’est d’ailleurs pas anodin, car dans le contexte allemand, s’intéresser aux ‘Heimat perdues’ permet notamment de découvrir « un type de mémoire qui est propice aux échanges avec les voisins, [ce qui] favorise la compréhension mutuelle et contribue à la réappropriation d’un passé partagé » (Perron 2017: 143). Cette communication s’intéressera donc à la Prusse-Orientale en tant que ‘Heimat perdue’; une province allemande qui certes n’existe plus depuis 1945, mais qui joue néanmoins un rôle central dans la représentation de l’Allemagne que propose Dupont dans son roman.
Pour souligner le 30e anniversaire de la réunification de l’Allemagne, ce colloque propose d’explorer les traces de l’Allemagne dans l’imaginaire canadien par une approche pluridisciplinaire s’intéressant à la fois aux origines de la présence allemande sur le territoire canadien, aux traces laissées par cette présence dans le temps, aux rapports entre le Canada et l’Allemagne et à l’influence qu’ont pu avoir certains grands changements sociopolitiques sur l’imaginaire canadien. Que ce soit par les nombreuses migrations allemandes en sol canadien, par les grands événements historiques survenus sur le territoire allemand, mais ayant eu des échos au Canada, par les échanges politiques ou simplement par l’influence d’écrivains allemands sur la littérature canadienne, le présent colloque vise à réfléchir sur les différentes traces allemandes ayant influencé la manière de se dire au Canada, principalement dans les espaces franco-canadiens.
Sur le plan littéraire, l’Allemagne apparaît souvent soit par la représentation de l’origine (comme dans les romans autobiographiques de Marguerite Andersen), soit par l’impact d’événements historiques (notamment avec la représentation de la chute du mur de Berlin chez des auteurs comme Éric Dupont ou Simon Lambert), soit par le traumatisme de la Deuxième Guerre mondiale (qu’a mis en scène le théâtre d’Emma Haché). Historiquement, on note que de nombreux Allemands ont migré au Canada au point d’y inscrire des traces visibles dans la géographie (West Berlin et East Berlin, en Nouvelle-Écosse) ou dans la culture locale (l’Oktoberfest de Kitchener, en Ontario, anciennement nommée Berlin). Sur le plan social et politique, les deux guerres mondiales, la présence militaire canadienne en Allemagne et l’image de l’effondrement du mur de Berlin ont certainement influencé la perception et l’évolution de l’autre allemand, et du même coup la perception et les mutations du soi canadien. Il ne s’agit que d’exemples proposés pour ce colloque.
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