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Julien Simard : Université McGill
Les personnes vieillissantes résidant dans le parc locatif privé, particulièrement celles qui dépendent de revenus de pension fixes, ont souvent du mal à suivre les hausses de loyer qui peuvent accompagner les processus de gentrification. Au Québec, la visibilité de la précarité résidentielle des personnes vieillissantes locataires résidant dans les quartiers centraux montréalais n’a acquis que tout récemment une certaine portée publique, suite aux processus ayant entouré l’ajout de l’article 1959.1 au Code civil du Québec, en juin 2016. Comment et pourquoi cet enjeu a-t-il pu acquérir le statut de « problème public » ? De quelle manière les divers acteurs ont-ils établi un processus de cadrage de l’action collective efficace permettant de transformer l’indifférence en reconnaissance ? Les données présentées dans cette communication sont issues d’un terrain ethnographique réalisé à Montréal dans le cadre d’une thèse en études urbaines à l’INRS-UCS. Je mobiliserai ici des données d’observation, des extraits d’entretiens ainsi que certaines archives pour démontrer que ce passage de l’indifférence à la reconnaissance s’est construit en mobilisant la « vulnérabilité » des personnes vieillissantes, dans un processus ayant requis la mobilisation d’un certain âgisme compassionnel. Comment reconnaître des positions sociales précaires au plan légal et politique tout en travaillant sur le terrain pour l’inclusion sociale des personnes vieillissantes marginalisées ?
Les expériences des vieillissements sont diversifiées, les personnes qui les vivent possèdent des caractéristiques et des parcours de vie variés (Grenier et Ferrer, 2010). Certaines personnes aînées peuvent faire face à une stigmatisation spécifiquement liée à leur condition ou à leur position sociale, d’autres se trouvent au croisement de caractéristiques identitaires et sociales pouvant mener à une stigmatisation et à une discrimination intersectionnelles. Alors que certains résistent à ces situations de marginalisation, il demeure que les expériences de stigmatisation peuvent accentuer les situations d’exclusion. Dans ce contexte, l’inclusion sociale est définie comme « un processus complexe de cocréation d’un projet social qui reconnaît les possibilités et la diversité des participations de tous et de chacun, en tant que membres socialement valorisés. Ce projet social ne peut s’opérer sans reconnaissance et redistribution des ressources matérielles, mais aussi des droits, des pouvoirs et des possibilités » (Séguin et collègues, 2015, p. 5). Cela appelle donc à considérer le processus d’inclusion et les facteurs l’influençant, notamment en lien avec la diversité des vieillissements, les croisements des identités marginalisées, et les interactions avec les environnements dans des processus itératifs. Si des interventions individuelles sont utiles auprès des aînés à risque d’exclusion, elles ne sont pas suffisantes. Car il ne suffit pas d’agir sur les facteurs personnels, encore faut-il intervenir auprès des environnements sociaux, institutionnels et communautaires.
Ce colloque, qui mettra en lumière des perspectives de divers horizons (travail social, sexologie, ergothérapie sociale, communication, sciences du loisir, anthropologie, etc.) sera l’occasion de discuter des pratiques inclusives actuelles ou recommandées et apportera un éclairage sur les pistes à approfondir pour la recherche en gérontologie sociale. Le colloque permettra la mise en commun des réflexions, des recommandations, des propositions et des expériences des pratiques inclusives auprès de différents groupes d’aînés (vivant avec des atteintes cognitives, en situation de handicap, issus de la diversité sexuelle et de la pluralité des genres, ayant des problèmes de santé mentale, vivant avec le VIH, etc.). Il représentera une occasion de faire le point sur diverses démarches de recherche réalisées en lien avec l’inclusion de groupes d’aînés marginalisés et/ou à risque d’exclusion.
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