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Léonie Couture : La Rue des Femmes
Institut de santé relationnelle, La rue des Femmes (Lrdf) accueille et soigne des femmes en état d’itinérance. Oui, l’itinérance est un état! Survivantes de traumatismes graves, de violences innommables, souvent dès l’enfance, les femmes en état d’itinérance sont dans un état de stress post-traumatique (SPT) complexe. Celui-ci cause, aux survivantes, de graves blessures relationnelles qui entravent leur capacité d’être en sécurité et en lien avec soi-même et avec les autres. L’état de SPT complexe conduit, faute de soins, à l’état d’itinérance. La connaissance de la santé relationnelle, appuyée par les découvertes en neurosciences des dernières décennies, permet de mieux comprendre le vécu qui provoque le point de bascule dans la rue. L’état de SPT complexe se manifeste par des comportements de détresse et de désespoir, notamment des cris, invectives, gestes menaçants voire violents. Symptômes de la gravité des blessures, ces comportements sont des appels à l’aide, des refus de mourir. Pourtant, les portes des refuges, des hôpitaux et des institutions se ferment! Guérir l’itinérance passe par la reconnaissance des blessures relationnelles causées par la violence. LrdF a développé une pratique d’intervention qui soigne ces blessures et donne des résultats probants. Nous voulons partager ces connaissances qui, pour nous, expliquent le passage à la rue et amènent une autre façon d’intervenir. La santé relationnelle : guérir l’itinérance pour un retour durable à la vie normale.
Lorsqu’on analyse la prise en charge des populations itinérantes, nous pouvons constater que les pratiques d’intervention ont drastiquement changé au cours des dernières décennies. Au tournant du 20e siècle, les pratiques étaient plutôt à l’enfermement, à la moralisation et à la répression collective des problèmes sociaux; aujourd’hui, cette tendance s’est inversée pour aller vers l’accompagnement, la compassion, le care, bref, ce que certains nomment le souci de l’autre en tant qu’individu (Aranguiz, 2000; Astier, 2007; Christie, 2005; Côté, Renard-Robert et MacDonald, sous presse; Grimard, 2011; Molinier, Lauger et Paperman, 2009). L’itinérance est même de plus en plus abordée comme un problème public, laissant de côté l’hypothèse individuelle dans l’analyse des causes du basculement à une trajectoire de rue (Choppin et Gardella, 2013). À cet égard, peu de travaux ont été faits sur ces points de chute, ces moments de basculement dans une vie en situation d’itinérance. L’objectif de ce colloque serait de mieux comprendre le passage à la rue. Cela permettrait d’en savoir plus sur les expériences vécues et permettrait, par ailleurs, de réfléchir en amont à l’ajustement des pratiques d’intervention aux réalités vécues par les personnes à la rue.
Au cours de cette journée, nous aimerions que des étudiant.e.s, des chercheur.e.s, des intervenant.e.s sociaux.ales et des décideur.euse.s public.que.s présentent sur : a) les conjonctures institutionnelles, structurelles et individuelles qui entourent la venue à la rue; b) les pratiques d’intervention adaptées (ou pas) aux réalités des nouvelles personnes en situation d’itinérance; c) les stratégies développées par les personnes en situation d’itinérance pour faire face à cette nouvelle réalité; et d) les tensions entre le basculement dans l’itinérance et la sortie de celle-ci.
Construite à la manière des présentations « en 180 secondes », cette journée servira à (re)visiter des enquêtes ou des questionnements liés à l’itinérance de manière accélérée en laissant plus de place aux discussions et à la création de liens entre les chercheur.e.s, les décideur.euse.s, les étudiant.e.s et les professeur.e.s présent.e.s. Permettant de dynamiser les présentations, ce colloque veut sortir du cadre habituel pour (re)voir les enquêtes, les constats et les réflexions sur les questions du passage à l’itinérance (les points de bascule), les stratégies de débrouille, de résilience et de résistance qui se manifestent dans les trajectoires à la rue ainsi que les différentes stratégies d’intervention qui y sont liées (ou qui manquent). Les contributions devront être faites avec un temps de présentation court et seront toutes suivies de 12 à 15 minutes de discussion. Le colloque sera également l’occasion de lancer un ebook qui sera constitué des communications sous forme d’article synthétique.
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