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Laïcité ouverte et loi 21 : des approches différentes du vivre-ensemble

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Isabelle Gallard : École nationale d'administration publique

Résumé de la communication

Les quinze dernières années au Québec ont vu l’augmentation de la diversité culturelle et religieuse et de nombreux débats autour de la laïcité. De la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles (Commission Bouchard-Taylor) en 2008 à l’adoption de la loi 21 sur la laïcité de l’État en juin 2019, deux approches de la laïcité se sont partagé l’espace des débats publics : d’une part, la laïcité ouverte, qui permet l’expression des croyances des employés de l’État ; d’autre part, une laïcité qui prône la neutralité au sens strict. Au-delà des contraintes d’apparence des agents de l’État, ces deux approches portent des visions différentes, voire contradictoires, du vivre-ensemble dans une société diversifiée. La laïcité ouverte, en considérant la diversité religieuse comme source d’enrichissement collectif, semble inviter, par l’exemple, la société civile à l’ouverture et au dialogue. Par ailleurs, les dispositions de la loi 21 sur le port des signes religieux semblent, au contraire, promouvoir la disparition de l’expression religieuse des institutions publiques et, par extension, de la sphère publique. Or chaque approche semble, pour ses défenseurs, la meilleure voie pour l’établissement de valeurs civiques communes. Après avoir rappelé brièvement le caractère normatif du concept de laïcité, je présenterai les points saillants de chaque approche et leurs implications réciproques sur le vivre-ensemble au Québec.

Résumé du colloque

Dans un contexte de volatilité, d’incertitude, de complexité et d’ambiguïté (Nandram et Bindlish, 2017), les tensions qui émergent dans les démocraties suscitent divers bouleversements. Ces bouleversements qui se manifestent à notre époque poussent plusieurs acteurs sociaux à mobiliser la notion de vivre-ensemble comme cadre normatif de vie en commun. Ces positionnements normatifs interpellent les chercheur.e.s depuis plus d’une décennie (voir, par exemple, Perraton et Bonenfant, 2009). Les communications qui seront présentées lors de ce colloque chercheront à explorer les terrains de ces bouleversements et leur amplitude. Le colloque aborde notamment les questions suivantes : comment les acteurs de la société civile définissent-ils le vivre-ensemble? Comment cette notion est-elle mobilisée, mise en pratique et vécue dans la société et les organisations?

Ce colloque propose de se pencher sur cette problématique en tentant de cerner les contenus concrets et symboliques du vivre-ensemble, tout en explorant ses limites (en relevant ce qui ne concerne pas le vivre-ensemble dans les sociétés modernes). L’événement sera structuré selon trois axes : 1) droit et diversité; 2) entreprises et religions; et 3) identité et radicalisation. Chacun des axes orientera les contributions des participant.e.s en fonction de certaines thématiques. L’axe « droit et diversité » interpellera des chercheur.e.s qui travaillent, entre autres, sur les questions de la laïcité, de la langue et des cultures autochtones (le vivre-ensemble après l’adoption de la loi 21 au Québec ou à la suite de la Commission de vérité et réconciliation). L’axe « entreprises et religions » se concentrera sur les espaces ouverts par le religieux dans le monde du travail (les entreprises de tendance, l’intégration économique des immigrants dans un contexte pluriel). L’axe « identité et radicalisation » s’intéressera à l’émergence de la radicalité dans divers espaces démocratiques (populisme et montée des extrêmes, rôles et positionnements des médias face aux radicalismes, processus de radicalisation menant à la violence). Sans se limiter à ces exemples, les communications présentées s’inscriront en lien avec l’un de ces axes.

Tout en tentant de fournir des pistes afin de mieux comprendre les bouleversements sociaux et les chocs de valeurs que ces bouleversements entraînent, ce colloque vise également un objectif méthodologique en favorisant la présentation de recherches systématisant les analyses interdisciplinaires en provenance des sciences juridiques, de la sociologie, de l’anthropologie, de la théologie et des sciences des religions.

Nandram, Sharda S. et Puneet K. Bindlish (2017), Managing VUCA Through Integrative Self-Management: How to Cope with Volatility, Uncertainty, Complexity and Ambiguity in Organizational Behavior, Cham, Springer International Publishing.

Perraton, Charles et Maude Bonenfant (réd.) (2009), Vivre ensemble dans l’espace public, Québec, Presses de l’Université du Québec.

Contexte

section icon Thème du congrès 2021 (88e édition) :
Du jamais su
section icon Date : 6 mai 2021

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