Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Genevieve Treyvaud : Grand Conseil de la Nation Waban-Aki
Les communautés autochtones au Canada ont des rapports complexes avec la recherche archéologique. Les 19e et 20e siècles voient l’arrivée d’un engouement de la part des euro-canadiens pour les cultures des Peuples des Premières Nations. De nombreux projets de recherche archéologique, de documentation et de diffusion ont été réalisés par des historiens, des collectionneurs d’arts, des Musées, des sociétés historiques ou des universités. Dans ce contexte, des objets d’importance culturelle et sacrés ont été dérobés ou exposés sans respect des fonctions et des significations de ces objets. Dans cette même foulée, plusieurs sépultures autochtones ont été investiguées et ont été aliénées. C’est au cours de cette période qu’une relation de pouvoir asymétrique importante entre les institutions de recherche et les communautés autochtones s’est installée et a nui à la souveraineté et au patrimoine matériel et immatériel de nombreuses nations. Maintes lacunes demeurent au niveau de l’implication des Premiers Peuples en ce qui concerne la définition, l’acquisition, la préservation, et la mise en valeur du patrimoine autochtone.
Nous présentons ici le protocole de gestion du patrimoine archéologique de la Nation W8banaki. Il vise l’ensemble des découvertes archéologiques émanant de projets de recherche, de découvertes fortuites, de travaux de développement d’infrastructures routières, énergétiques, touristiques ou de loisirs ainsi que l’exploitation des ressources naturelles.
La recherche universitaire au Canada assiste à de plus en plus d’initiatives de réconciliation avec les peuples autochtones et à des tentatives d’autochtonisation d’institutions et de pratiques. Ces mouvements, inspirés par la critique décoloniale, visent à ce que les recherches servent en premier lieu aux communautés concernées (Smith, 2013). L’approche par recherche-action participative et les recherches partenariales ou collaboratives se présentent comme des méthodes valorisées pour mobiliser les communautés dans ce processus (Éthier, 2010). Ce surcroît d’intérêt des chercheurs et des étudiants pour les études autochtones est aussi lié à des possibilités de financement.
Cette situation contribue à une réappropriation de la recherche et de la parole par les communautés. Plusieurs ont démontré que cette démarche valide les études et contribue à bonifier les résultats qui en découlent (Asselin et Basile, 2012). De plus, les innovations sociales provenant du monde autochtone profitent à la société et aux recherches en général, en valorisant des perspectives et des épistémologies marginalisées (Smith, 2013).
Toutefois, cette popularisation des études autochtones n’est pas à l’abri des effets de mode. L’approche communautaire en recherche comporte aussi des limites et pose plusieurs défis et dilemmes. En outre, des concepts tels que la réconciliation et l’autochtonisation sont lourds de sens et doivent être employés avec parcimonie. De plus, ces approches ne garantissent pas qu’il ne puisse s’opérer une hiérarchisation des savoirs et des rôles dans les équipes et dans la répartition du financement. Il convient donc de réfléchir à ces nouvelles pratiques et aux manières de mener des études en milieux autochtones dans ce nouveau contexte en émergence.
Nous invitons des acteurs des milieux autochtones et leurs partenaires à venir échanger leurs expériences et leurs points de vue. Nous interrogerons des manières d’éviter des dérives et diverses formes d’instrumentalisation. Nous aborderons les défis (politiques, éthiques, méthodologiques et épistémologiques) liés à la mobilisation des savoirs, les conditions gagnantes pour que les gens des milieux autochtones s’approprient les recherches et des stratégies pour arrimer les innovations sociales communautaires à celles du milieu académique.
De par sa formule interdisciplinaire et internationale, le colloque encouragera un réseautage et un échange de bonnes pratiques. Il contribuera à sensibiliser les conférenciers et l’auditoire à plusieurs défis et écueils qui guettent les études adoptant des méthodologies communautaires.
L’événement est organisé par le Bureau du Ndakina du Grand Conseil de la Nation Waban-Aki. La présence de l’organisation de la Nation W8banaki soulignera du fait même que la 88e édition du congrès de l’Acfas se tient sur son territoire ancestral. Le colloque regroupera des instituts culturels ou des instituts de recherche de plusieurs nations autochtones et des chercheurs de plusieurs universités.
Titre du colloque :
Thème du colloque :