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Thibault Tranchant : Cégep Édouard-Montpetit
Pour être reconnu comme réfugié au Canada, un demandeur d’asile doit prouver devant la Commission de l’immigration et du statut de réfugié (CISR) que sa situation correspond aux définitions du réfugié ou de la personne à protéger incluses dans les articles 96 et 97 de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés. L’élément principal de preuve retenu à cette fin est le récit que les demandeurs font des conditions et des causes de leur exil. Ainsi, la tâche des décideurs est de juger de sa crédibilité (cohérence, constance, plausibilité).Cependant, la recherche empirique sur la procédure de détermination du statut de réfugié (ci-après « PDR ») a montré qu’il existe des tensions entre la logique juridique d’examen de la preuve et les pratiques narratives des demandeurs dans ce contexte administratif et juridique (biais épistémiques, etc.). Je souhaite proposer un schème général d’intelligibilité de cette recherche empirique en formulant l’hypothèse selon laquelle la PDR est saturée par un imaginaire tragique. En m’appuyant en particulier sur la Poétique d’Aristote, je chercherai à faire émerger ses effets sur la structure attendue du récit et à expliciter les biais épistémiques qu’il occasionne. En contrepoint, je m’interrogerai sur les conditions d’une autre forme d’administration de la preuve pour la reconnaissance du statut de réfugié, plus respectueuse des capacités narratives et du contexte singulier des demandeurs d’asile.
Afin de faire écho au thème du 88e congrès de l’Acfas, intitulé Du jamais su, la Société de philosophie du Québec invite ses membres à réfléchir aux invisibles et aux inaudibles de la philosophie. Bien que la philosophie se veuille une recherche de vérité, une quête de sagesse, on peut se questionner sur ses angles morts. Qu’est-ce qui est mis de côté dans cette quête, et pourquoi? Nous pouvons penser à la philosophie grecque qui s’échafaude sur un rejet de la mythologie afin de fonder un discours rationnel. À la philosophie médiévale, dans la lignée de l’héritage de la tradition chrétienne, qui a, de son côté, contribué à un rejet du corps et du monde ici-bas. À Kant, dans son geste de déconstruction de la métaphysique, qui a séparé ce qu’il était possible de penser de ce qu’il était possible de connaître. Ou plus près de nous, au tournant linguistique qui est venu remettre en question le langage même de la métaphysique en traquant les énoncés mal formés et sans signification réelle.
Chaque époque, chaque courant philosophique semble mettre de côté certains aspects ou certaines expériences afin de délimiter son objet de connaissance et les possibilités de connaître, reléguant ces éléments à l’invisibilité ou à l’inaudibilité. Certains de ces aspects semblent ensuite être « redécouverts » par les courants subséquents, ouvrant ainsi des débats dans l’histoire de la philosophie. S’intéresser aux invisibles et aux inaudibles pourrait se révéler une manière de penser à nouveaux frais l’histoire des débats philosophiques et la formation du canon en philosophie; une manière de réfléchir à ceux et celles qui font l’histoire et du même coup, à ceux et celles qui sont tombé.e.s dans l’oubli, aux voix marginalisées. Qu’est-ce qui se cache dans les marges de la philosophie? Y a-t-il du jamais su?
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