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Emmanuelle Bernheim : Université d'Ottawa
L’activité judiciaire est marquée par un profond changement depuis le milieu des années 1980 : baisse des recours civils, multiplication des instances spécialisées sur des enjeux sociaux, hausse de la judiciarisation des dossiers en matière sociale devant les instances civiles et administratives (protection de le jeunesse, internement et soins psychiatriques, aide sociale, etc).
L’observation d’audiences dans diverses instances sociales met en scène des juristes (juges et avocat.es) détenteurs d’un savoir et maîtres du débat judiciaire, et des profanes, citoyens « ordinaires », tentant de faire valoir leurs droits. Si l’incompréhension entre juristes et profanes saute aux yeux, l’étude des interactions et des échanges met plutôt en lumière la rencontre de deux mondes sociaux, étrangers l’un pour l’autre. Ainsi, ce n’est pas tant le décorum judiciaire et le langage juridique qui posent problème que l’incapacité des juristes de saisir la réalité sociale, culturelle et économique des personnes qui se présentent à la cour.
À une époque où la question de l’accès à la justice est sur toutes les lèvres, l’observation des audiences judiciaires démontrent à la fois la prégnance des classes sociales dont on prétend qu’elles ne sont que la mise en œuvre de libertés individuelles, le rôle des institutions judiciaires dans la production et la reproduction des structures sociales inégalitaires et les stratégies employées par les élites pour conserver leurs privilèges.
Au-delà de la disparition annoncée de manière récurrente des classes sociales, que faire aujourd’hui de ce concept fondamental en sciences sociales, aujourd’hui très peu utilisé ici comme ailleurs (Hugrée, Penissat et Spire, 2017)? Bien que le concept ne soit pas complètement disparu, nous avons l’impression que son usage sert davantage à délimiter un champ d’analyse (les classes populaires, par exemple), regroupant bien quelques indicateurs communs (revenu, scolarité, etc.), qu’à expliquer la vie en société. D’où la difficulté toujours présente d’articuler pour ainsi dire la raison statistique du sociologue à celle des enquêté.e.s. Est-ce en raison d’une conscience de classe absente que les classes sociales n’existeraient pas? Ou s’agirait-il d’une difficulté bien réelle des sociologues à analyser le classement effectué par les individus en société? Si la définition même de ce que seraient les classes sociales demeure problématique, les individus continuent pourtant à classer ou à catégoriser leur expérience sociale. Est-il par conséquent possible que ce soit la définition théorique usuelle des classes sociales, souvent réduite à des « conditions socio-économiques », qui ne permette plus de rendre compte de l’existence de classes sociales? Le colloque sera l’occasion de réfléchir à cette difficulté actuelle de penser les classes sociales, et ce, de différentes manières : 1) genèse de l’usage du concept de classes sociales en sciences sociales; 2) tentatives actuelles de réactualisation ou de redéfinition; 3) réflexions sur son usage dans les enquêtes sociologiques et anthropologiques en méthodologie tant quantitative que qualitative; et 4) façon de penser l’articulation de la diversité des rapports sociaux (de classes, de genre et d’ethnie ou de race, de nation, etc.). Est-ce que le concept de classes sociales peut encore contribuer à expliquer les mobilisations citoyennes actuelles à travers le monde?
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