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Emanuel Guay : UQAM - Université du Québec à Montréal
Cette communication vise à tracer les contours d’une analyse des classes sociales axée sur les rapports de consommation plutôt que sur les rapports de production, en se concentrant sur le cas du marché résidentiel. À partir de mon projet doctoral, qui consiste en une ethnographie collaborative avec deux organisations dédiées à l’accès au logement pour les ménages à faible revenu dans Parc-Extension, je proposerai une étude de deux dimensions des rapports de classe, soit l’exploitation et la transformation. Ces dimensions seront prises en compte à partir des rapports entre les locataires et les propriétaires dans les quartiers défavorisés (Desmond & Wilmers 2019), puis à partir des usages de l’équité sur les immeubles à des fins sociales (Lund 2013). Ma communication souhaite contribuer à une relecture des classes sociales, tout en croisant ce concept avec différentes réalités observées à Parc-Extension, incluant la crainte d’une éviction et les difficultés liées à un réseau social limité, une connaissance souvent minimale des lois relatives au logement, une maîtrise parfois limitée du français et de l’anglais, une situation d’emploi instable ou un statut d’immigration précaire.
Au-delà de la disparition annoncée de manière récurrente des classes sociales, que faire aujourd’hui de ce concept fondamental en sciences sociales, aujourd’hui très peu utilisé ici comme ailleurs (Hugrée, Penissat et Spire, 2017)? Bien que le concept ne soit pas complètement disparu, nous avons l’impression que son usage sert davantage à délimiter un champ d’analyse (les classes populaires, par exemple), regroupant bien quelques indicateurs communs (revenu, scolarité, etc.), qu’à expliquer la vie en société. D’où la difficulté toujours présente d’articuler pour ainsi dire la raison statistique du sociologue à celle des enquêté.e.s. Est-ce en raison d’une conscience de classe absente que les classes sociales n’existeraient pas? Ou s’agirait-il d’une difficulté bien réelle des sociologues à analyser le classement effectué par les individus en société? Si la définition même de ce que seraient les classes sociales demeure problématique, les individus continuent pourtant à classer ou à catégoriser leur expérience sociale. Est-il par conséquent possible que ce soit la définition théorique usuelle des classes sociales, souvent réduite à des « conditions socio-économiques », qui ne permette plus de rendre compte de l’existence de classes sociales? Le colloque sera l’occasion de réfléchir à cette difficulté actuelle de penser les classes sociales, et ce, de différentes manières : 1) genèse de l’usage du concept de classes sociales en sciences sociales; 2) tentatives actuelles de réactualisation ou de redéfinition; 3) réflexions sur son usage dans les enquêtes sociologiques et anthropologiques en méthodologie tant quantitative que qualitative; et 4) façon de penser l’articulation de la diversité des rapports sociaux (de classes, de genre et d’ethnie ou de race, de nation, etc.). Est-ce que le concept de classes sociales peut encore contribuer à expliquer les mobilisations citoyennes actuelles à travers le monde?
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