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Léonie Gisèle Métangmo-Tatou : Université de Ngaoundéré
Dès sa fondation, la linguistique du développement (LD) s’est déterminée en opposition à l’injonction de neutralité du paradigme de la science ordinaire (Métangmo-Tatou, 2003, 2019). Elle s’est attelée à assurer une connexion forte entre la gestion des ressources linguistiques et les attentes sociétales sur les plans prioritaires de la santé, de la sécurité alimentaire, de l’éducation, etc. Les savoirs locaux (Tourneux, 2011), l’aménagement terminologique en langue africaine (Diki Kidiri, 2008) constituent quelques-uns des axes qui ont été étudiés depuis lors. Postulant que les linguistes, eux aussi, se reconnaissent une responsabilité tant sociale que scientifique dans la dynamique du développement humain local et durable, la LD constituait en elle-même un défi. Aujourd’hui, une évaluation du parcours s’impose, d’anciennes problématiques se précisent et de nouvelles émergent aux plans théorique, épistémologique et pragmatique. La Table ronde traitera des questions suivantes : - Outillage théorique et heuristique de la LD peut-elle se prévaloir ? (énonciation, analyse du discours, TAL -Traitement automatique des langues, etc.) - Conditions (sociologiques, réglementaires, etc.) de la visibilisation des langues-cultures minorées, y compris sur la toile dans une perspective de justice cognitive (Piron et al. 2016).
« Une autre science est possible : science collaborative, science ouverte, science engagée, contre la marchandisation du savoir », proposait-on il y a 10 ans lors du colloque de fondation de l’Association science et bien commun. Depuis cet événement, nous nous sommes interrogés avec plus de 200 chercheuses et chercheurs des pays du sud et du nord, professionnels et citoyens, notamment sur les politiques scientifiques, la science comme outil de développement durable, la liberté universitaire, la responsabilité sociale des chercheurs et chercheuses, la science ouverte, le libre accès et la justice cognitive.
Aujourd’hui, comment s’articulent les différentes visions des sciences? Entre l’idéal de la science néolibérale vectrice d’un développement économique mondialisé, l’idéal de la science positiviste qui existe à côté de la société, motivée par la découverte d’une Vérité unique sans égard aux besoins et aux conséquences, l’idéal de la science engagée dans laquelle les savoirs deviennent actifs, vecteurs de progrès social — mais au profit de qui? —, et l’idéal de la science ouverte, qui reconnaît la diversité des savoirs et invite le dialogue — mais peut-être au détriment de son propre pouvoir et d’une certaine cohésion sociale?
Quelles formes prennent aujourd’hui les idéaux alternatifs de la science ouverte, engagée ou inclusive? À quelles activités scientifiques sont-ils associés? Existent-ils encore en marge, peu reconnus, peu soutenus? Devant la crise des changements climatiques et celle de la pandémie de la COVID-19, prennent-ils une nouvelle importance ou sont-ils dénaturés? Comment pourraient-ils être mieux soutenus par les politiques scientifiques des divers pays, par les actions des universités partout dans le monde, et par les chercheurs et chercheuses au nord comme au sud? Quels sont les nouveaux domaines prioritaires émergés ou émergents de la science ouverte, engagée ou inclusive; biodiversité, agroécologie, droits de la personne, énergies?