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Les groupes de parole à destination des joueur·e·s : comparaison entre un groupe d’entraide et un groupe de liaison

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Aymeric Brody : EPITECH

Résumé de la communication

Malgré le rôle important que les Gamblers Anonymous (GA) ont joué dans la reconnaissance, le traitement et la prévention de l’addiction aux jeux d’argent, il existe aujourd’hui encore assez peu d’études scientifiques sur les groupes de parole destinés aux joueur·se·s, certains auteurs parlant même d’une véritable « boîte noire » tant il semble difficile de mesurer l’efficacité réelle de ce type de dispositifs. Les quelques études réalisées sur le sujet débouchent d’ailleurs sur des résultats souvent contrastés voire contradictoires. Certaines d’entre elles louent par exemple l’utilité des groupes d’entraide type GA dans la mesure où ils offriraient aux joueur·se·s un environnement sécurisé leur permettant de parler de leurs problèmes de jeu sans se sentir juger, de partager les savoirs expérientiels associés à leur démarche d’abstinence, de se soutenir entre pairs et de nourrir ensemble l’espoir d’un possible rétablissement. En revanche, d’autres études en pointent plutôt les limites, relevant notamment la forte attrition de l’adhésion à ces groupes dans la durée, la démarche d’abstinence prônée par les GA contribuant, semble-t-il, à décourager une partie importante des membres, surtout parmi ceux qui se perçoivent comme les moins dépendants. En termes d’accès aux soins, on notera également que certaines études présentent ce type de groupes comme une « option de traitement accessible », en particulier pour des personnes à faibles revenus, alors que d’autres estiment au contraire que les membres des GA ont des revenus plus élevés que les autres joueur·se·s dits pathologiques. Autant de divergences et de contradictions qui témoignent de la nécessité d’approfondir et d’étendre les recherches menées au sujet de ces groupes destinés aux joueur·e·s ayant des problèmes d’addiction aux jeux d’argent.

Dans le cadre de cette présentation, nous comparerons ainsi deux groupes de parole que nous avons suivi ces dernières années en tant que chercheur·e et/ou professionnelle. S’inscrivant dans des perspectives différentes, le premier est un groupe d’entraide type GA qui se réunit chaque semaine à Bruxelles pour permettre aux joueur·se·s qui y participent (essentiellement des hommes issus de milieux sociaux assez divers) de parler de leurs problèmes de jeu, d’échanger leurs savoirs expérientiels et de se soutenir mutuellement dans leur parcours de rétablissement. Si l’abstinence n’est pas forcément une condition d’adhésion au groupe, elle demeure néanmoins une finalité pour les membres qui s’y inscrivent dans la durée. Le second groupe de parole étudié se présente pour sa part comme un groupe de liaison organisé chaque mois dans l’enceinte d’un casino situé dans le nord de la France. Porté notamment par un Centre de Soins, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie (CSAPA) basé à Valenciennes (Le GREID), ce dispositif vise précisément à aller à la rencontre des client·e·s présentant des problèmes d’addiction au jeu (sensiblement des femmes issues de milieux plutôt modestes) pour leur donner la possibilité d’exprimer leurs difficultés mais surtout pour échanger sur les risques associés à leurs pratiques et éventuellement les orienter vers des dispositifs de réduction des risques (par exemple, la limitation d’accès aux salles de jeux, l’interdiction de casino) et/ou de soins (par exemple, un suivi thérapeutique individuel). Contrairement au premier groupe, celui-ci se situe donc davantage dans une optique de prévention que dans une perspective de rétablissement ; néanmoins, ces deux groupes ont en commun de jouer localement un rôle important dans l’accès aux soins (au sens large) des joueur·se·s parmi les plus vulnérables et souvent les plus éloigné·e·s des dispositifs de soins traditionnels.

Résumé du colloque

Bien que les technologies utilisées pour diffuser les activités de jeux se soient énormément développées, nous constatons que la prise en charge clinique, le dépistage, la prévention et la recherche ont de leur côté peu profité de ce même essor. En effet, à l’heure actuelle, alors que des centres de soins existent, seulement de 2 à 7 % des personnes y auraient recours, et ce, plusieurs années après l’apparition des problèmes de jeu. Pour quelles raisons ? Comment encourager les demandes d’aide ?

Ce colloque de 2021 s’inscrit dans la continuité de notre première édition au congrès de l’Acfas 2019.

Dans la première partie du colloque, nous questionnerons d’abord les évolutions des pratiques de jeux en général et celles des jeux d’argent en particulier, à l’aune d’un processus de « gam(bl)ification » qui conduirait à la fois à une hybridation des pratiques ludiques et à une extension du domaine du jeu. Puis, nous nous pencherons plus spécifiquement sur les évolutions du secteur des jeux d’argent au regard de la façon dont se construit l’offre et la demande de jeux selon les pays et dont on peut agir sur le consommateur en termes de prévention de l’addiction et de réduction des risques.

Dans la seconde partie, nous nous intéresserons plus précisément aux dispositifs de prévention appliqués aux pratiques de jeux en ligne et à leurs utilisateurs, que ceux-ci soient joueurs de poker en ligne, usagers d’applications mobiles, gamers ou encore joueurs de e-sport. Enfin, nous découvrirons de nouvelles perspectives de soins en matière d’addiction au jeu et de cyberdépendance, en portant une attention particulière aux stratégies de sensibilisation, de déstigmatisation et de prévention possibles dans le but de développer l’accessibilité des soins auprès des populations les plus vulnérables.

Nous espérons que ce colloque sollicitera de nouvelles collaborations et de nouvelles perspectives communes de travail sur la question de l’accessibilité et de l’acceptabilité des soins, non seulement dans le domaine du jeu excessif et de l’addiction comportementale, mais également, plus largement, dans le domaine de la santé mentale.

Contexte

section icon Thème du congrès 2021 (88e édition) :
Du jamais su
section icon Date : 6 mai 2021

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