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Les héros tragiques modernes : des révolutionnaires aux exilés

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Sophie Cloutier : Université Saint-Paul

Résumé de la communication

Bien qu’Hannah Arendt n’ait jamais fait de traitement systématique de la tragédie, ce thème apparaît en filigrane dans l’ensemble de son œuvre. Nous voulons ainsi montrer, d’une part, qu’à travers ces références éparses à la tragédie, Arendt invite à un récit des marges : il faut raconter les causes perdues pour qu’elles ne tombent pas dans l’oubli, un récit qui devrait aussi opérer une catharsis. D’autre part, nous voulons explorer ce legs d’Arendt dans la pensée d’Étienne Tassin. En effet, Tassin fait des exilés et des migrants des héros tragiques modernes. C’est dans les marges des espaces institutionnalisés, dans les camps de réfugiés, que Tassin redécouvre ce qu’Arendt décrivait comme le trésor de l’action politique. Par le récit de ses séjours dans la jungle de Calais, Tassin veut témoigner de la liberté d’action des nouveaux configurateurs de monde. À ces yeux, les exilés sont des exemples paradigmatiques du courage d’Achille et dévoilent une grandeur que n’aurait sans doute pas reconnue Aristote. Il nous semble que la notion de tragique (et de tragédie), telle que déployée par Arendt et Tassin, est à la fois en rupture et en continuité avec Aristote et dans cette relecture, le tragique se présente comme un concept opératoire fructueux pour identifier les lieux (nouveaux) de la liberté politique et du souci pour le monde commun.

Résumé du colloque

Afin de faire écho au thème du 88e congrès de l’Acfas, intitulé Du jamais su, la Société de philosophie du Québec invite ses membres à réfléchir aux invisibles et aux inaudibles de la philosophie. Bien que la philosophie se veuille une recherche de vérité, une quête de sagesse, on peut se questionner sur ses angles morts. Qu’est-ce qui est mis de côté dans cette quête, et pourquoi? Nous pouvons penser à la philosophie grecque qui s’échafaude sur un rejet de la mythologie afin de fonder un discours rationnel. À la philosophie médiévale, dans la lignée de l’héritage de la tradition chrétienne, qui a, de son côté, contribué à un rejet du corps et du monde ici-bas. À Kant, dans son geste de déconstruction de la métaphysique, qui a séparé ce qu’il était possible de penser de ce qu’il était possible de connaître. Ou plus près de nous, au tournant linguistique qui est venu remettre en question le langage même de la métaphysique en traquant les énoncés mal formés et sans signification réelle.

Chaque époque, chaque courant philosophique semble mettre de côté certains aspects ou certaines expériences afin de délimiter son objet de connaissance et les possibilités de connaître, reléguant ces éléments à l’invisibilité ou à l’inaudibilité. Certains de ces aspects semblent ensuite être « redécouverts » par les courants subséquents, ouvrant ainsi des débats dans l’histoire de la philosophie. S’intéresser aux invisibles et aux inaudibles pourrait se révéler une manière de penser à nouveaux frais l’histoire des débats philosophiques et la formation du canon en philosophie; une manière de réfléchir à ceux et celles qui font l’histoire et du même coup, à ceux et celles qui sont tombé.e.s dans l’oubli, aux voix marginalisées. Qu’est-ce qui se cache dans les marges de la philosophie? Y a-t-il du jamais su?

Contexte

section icon Thème du congrès 2021 (88e édition) :
Du jamais su
section icon Date : 6 mai 2021

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