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Marc Himbert : Conservatoire national des arts et métiers
Mesurer, c’est quantifier, mais surtout comparer : comparer une grandeur inconnue bien définie à une grandeur de même nature prise pour référence à l’aide d’une chaîne instrumentale ; mettre en œuvre un processus de mesure prenant appui sur des outils contrôlés et sur une méthode validée, et sur des références établies reconnues sans ambiguïté par l’ensemble des parties intéressées aux résultats. Garantir la confiance dans les résultats de mesures, à un niveau d’incertitude établi, dans tous les domaines de l’activité humaine est l’objet principal de la métrologie : méthodologie déployée, mécanismes d’accréditation des laboratoires, accords internationaux, infrastructure mondiale sous-jacente y contribuent. Les résultats fournis par les mesures citoyennes, trop souvent, ne s’inscrivent pas, ou que très partiellement, dans cette démarche exigeante de reconnaissance de qualité. Obtenus à partir de capteurs dont les performances sont mal établis, dans des contextes expérimentaux ou selon des protocoles incertains, etc. ils sont cependant susceptibles, par leur grand nombre, leur régularité temporelle, leur diversité de situation... d’apporter au débat un éclairage particulier, parfois majeur, préalablement aux prises de décision. L’exposé viendra rappeler et illustrer sur des données de sécurité et des données environnementales ces critères métrologiques, les enjeux associés aux mesures et la pertinence de l’information que de telles données peuvent apporter.
Les initiatives de métrologie dite « citoyenne » se sont multipliées dans le monde en s’appuyant de manière extensive sur des dispositifs numériques et sur des dynamiques polycentriques cohabitant, plus ou moins consensuellement, avec les approches soutenues par l’acteur politique et public, les institutions scientifiques ou les organismes de santé. Désignées comme des pratiques de « popular epidemiology », de « citizen science », de « street science » ou encore d’« enviro-tracking », ces mesures citoyennes concernent de nombreux thèmes : qualité de l’air et de l’eau, pollens, biodiversité, nuisances sonores et olfactives, îlots de chaleur, radiations... Ces quantifications des milieux s’accompagnent d’une quantification intensive du soi (notamment dans le domaine de la santé). La datafication des milieux se prolonge ainsi jusqu’à un questionnement des rapports d’échelles (perceptions de soi, perception endogène de son habitat, de son territoire étendu, etc.). Tout cela s’inscrit dans un mouvement de tissage continu des données, des objets et des corps et se déploie sur fond de désir de données liées aux économies politiques discutées, controversées, incertaines (Carmes et Noyer, 2015; Saleh, 2018). D’un point de vue international, il s’agit d’examiner les différentes configurations de ces pratiques (leur renforcement) : politiques (cohabitation des initiatives « instituées – instituantes » avec une métrologie autonome, processus de concernement et d’implication des habitants); communicationnelles (modalités d’interaction et de coopération, dynamiques communautaires, médiations…); sociocognitives et socionumériques (littératie des données, production et interprétation des données, création de connaissances, rapports profanes-experts, open data, civic tech, crowdsensing); participatives et rôle des tiers lieux (« labo citoyen », fab labs...); configurations techniques et sémiotiques (IOT, capteurs, mobiles, interfaces, design des données).
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