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Vanessa Blais-Tremblay : UQAM - Université du Québec à Montréal
Cette communication porte sur les particularités historiographiques liées à l’intégration des femmes, et en particulier des femmes immigrantes et racisées, au récit de l’histoire de la musique du Québec. Le recherche en histoire de la musique se centre principalement sur les médias écrits et les enregistrements commerciaux afin de relever ce qu’il y a de significatif à propos d’une époque ou d’un genre musical. Ainsi, les pratiques musicales privées ou non commercialisées — auxquelles participaient majoritairement les Québécoises avant la Révolution tranquille — sont rarement documentées. Or, cette invisibilité n’est pas symptomatique d’une absence de traces dans les archives. Outre l’impératif lié à la diversification des sources, cette communication abordera les difficultés liées à l’intégration des femmes dans un récit qui 1) est cloisonné par les catégories de genre musical, un dispositif construit avant tout afin de faciliter la commercialisation de la musique, 2) conçoit la professionnalisation comme un élément déterminant de la légitimité d’un.e artiste, 3) s’articule autour de questions linguistiques et de conceptions de la citoyenneté québécoise qui tendent à exclure les immigrantes de première génération et les femmes racisées, et 4) cherche à circonscrire la spécificité québécoise plutôt que de tenter de la situer au sein d’un réseau transnational de diffusion de la culture.
L’évolution des savoirs de nature historiographique repose en bonne partie sur l’élection de nouveaux objets liés à un travail archivistique (voire archéologique) qui provoque l’émergence de nouvelles problématiques et la configuration de nouveaux récits. Les travaux sur la vie culturelle québécoise ne font pas exception. Ainsi, l’exhumation de pratiques scripturaires féminines invite à penser un peu autrement la littérature québécoise, en lui incorporant un corpus faisant place à l’intime; la découverte, dans les journaux du début du 20e siècle, de discours sur le cinéma ou le théâtre, invalide les topoï relatifs à une modernité qui ne serait advenue qu’à partir de la Révolution tranquille. A contrario, les historiens et les sociologues nous ont montré que cette révolution était profondément nourrie par des mouvements catholiques, pourtant jugés comme des adversaires de la modernité. Choisis parmi d’autres, ces deux exemples montrent le rôle cardinal de l’exhumation d’objets culturels « oubliés » dans la compréhension des enjeux sociétaux. Ce type d’étude touche toutes les disciplines, à la fois celles qui étudient la culture (histoire de l’art, danse, littérature, musique, cinéma, architecture, etc.) et celles qui relèvent des sciences humaines au sens large (philosophie, histoire, géographie, etc.). Le présent colloque vise à rassembler des chercheurs de diverses disciplines, intéressés, de manière ponctuelle ou systématique, à l’étude d’objets culturels « oubliés ». Au-delà de l’examen de divers cas d’exhumation, il s’agira d’étudier les conditions et les mécanismes de l’oubli dans leur variété (« verrous » critiques, fragilité des supports ou faiblesse de la conservation, définition péjorative des objets antérieurement à leur analyse, prééminence de stéréotypes, etc.), afin de les contrer. Nous faisons le pari que ces échanges permettront d’esquisser des pratiques propres à désenclaver les nouveaux savoirs en études québécoises.
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