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Maud Brunet-Fontaine : Université d'Ottawa
Au tournant du 19e siècle, Germaine de Staël soutient qu’« on ôte à l’analyse sa profondeur, au roman son intérêt en les réunissant ensemble. » Il se développera à l’époque l’idée d’une séparation nécessaire entre philosophie et littérature qui pourrait bénéficier aux deux champs. L’esthétique de la littérature y trouverait une plus grande force et la philosophie plus de profondeur et de clarté. Or, au siècle d’avant, le mariage entre philosophie et belles lettres est fréquent et fécond. Vouloir en provoquer le divorce relève d’une mécompréhension des motifs résolument philosophiques sur lesquels repose l’usage de la fiction narrative. Notre communication cherchera à montrer la cohérence philosophique du recours à une expression qui passe par le narratif et le fictionnel. Ce sont les raisons de la fiction que nous chercherons à esquisser. Nous nous intéresserons à Condillac, à Rousseau et à Diderot, pour défendre que le recours à la fiction relève entre autres d’une certaine compréhension du réel comme socle insuffisant pour y faire reposer toute la quête du vrai.
Afin de faire écho au thème du 88e congrès de l’Acfas, intitulé Du jamais su, la Société de philosophie du Québec invite ses membres à réfléchir aux invisibles et aux inaudibles de la philosophie. Bien que la philosophie se veuille une recherche de vérité, une quête de sagesse, on peut se questionner sur ses angles morts. Qu’est-ce qui est mis de côté dans cette quête, et pourquoi? Nous pouvons penser à la philosophie grecque qui s’échafaude sur un rejet de la mythologie afin de fonder un discours rationnel. À la philosophie médiévale, dans la lignée de l’héritage de la tradition chrétienne, qui a, de son côté, contribué à un rejet du corps et du monde ici-bas. À Kant, dans son geste de déconstruction de la métaphysique, qui a séparé ce qu’il était possible de penser de ce qu’il était possible de connaître. Ou plus près de nous, au tournant linguistique qui est venu remettre en question le langage même de la métaphysique en traquant les énoncés mal formés et sans signification réelle.
Chaque époque, chaque courant philosophique semble mettre de côté certains aspects ou certaines expériences afin de délimiter son objet de connaissance et les possibilités de connaître, reléguant ces éléments à l’invisibilité ou à l’inaudibilité. Certains de ces aspects semblent ensuite être « redécouverts » par les courants subséquents, ouvrant ainsi des débats dans l’histoire de la philosophie. S’intéresser aux invisibles et aux inaudibles pourrait se révéler une manière de penser à nouveaux frais l’histoire des débats philosophiques et la formation du canon en philosophie; une manière de réfléchir à ceux et celles qui font l’histoire et du même coup, à ceux et celles qui sont tombé.e.s dans l’oubli, aux voix marginalisées. Qu’est-ce qui se cache dans les marges de la philosophie? Y a-t-il du jamais su?
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