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Jean Gabin NTEBUTSE : Université de Sherbrooke
Les usages numériques, développés notamment en des institutions éducatives, font partie intégrante du mode de vie adolescent (Balleys, 2017). Les adolescents ont accès à des outils numériques qui leur permettent différentes « pratiques socialisées » (Plantard, 2011; Plantard et André, 2016). S’ils semblent maitriser ces outils pour des usages informationnels et communicationnels, ils affichent aussi ce qui parait un déficit de compréhension et de conceptualisation des mécanismes informatiques impliqués dans la logique de fonctionnement de ces outils (Fluckiger, 2008). Aussi, leurs usages varient énormément, en fonction notamment de la place qu’occupe l’adolescent dans l’espace social, de son capital culturel d’origine ou de son contexte relationnel qui permettent la maitrise de ces outils numériques (Le Douarin, 2014). Cette communication prend en compte d’une part le fait que la fracture de premier niveau, liée à l’accès à la technologie, tend à se déplacer davantage vers une fracture de deuxième niveau, liée aux compétences d’usage, et, d’autre part la nécessité de mettre en avant une perspective d’équité numérique et de justice sociale. Une analyse de travaux empiriques récents permet de relever des défis d’étudier la socialisation adolescente et le développement de leur agentivité tout en documentant l’adaptation des institutions éducatives au caractère mouvant des usages numériques à l’intérieur et à l’extérieur de leurs murs.
Dans l’analyse des parcours d’apprentissage tout au long et au large de la vie, la question de la socialisation se pose de façon nouvelle, évoquant l’idée que la socialisation se déroule dans plusieurs sphères de vie à la fois, comme la famille, les services de garde, l’école, le travail, le sport et autres. On s’intéresse alors à une « socialisation continue » (Darmon, 2016) où s’entrelacent des influences de plusieurs instances socialisatrices dans des environnements divers. La socialisation emprunte ainsi à des logiques d’action souvent contrastées, ce qui est caractéristique de l’individu pluriel (Lahire, 1998). Ainsi, dans un monde en profonde transformation où les grandes institutions, notamment l’école, perdent une partie de leur influence de socialisation, il est nécessaire de poser un regard neuf sur le processus de socialisation, tout particulièrement lorsqu’on s’intéresse aux populations en situation de vulnérabilité sociale et aux environnements qu’elles fréquentent, notamment ceux numériques. Les communications de ce colloque s’intéressent à la socialisation à différents âges de la vie : l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte ainsi qu’à la méthodologie de travail pour documenter la socialisation, celle‑ci posant des défis aux équipes de recherche qui travaillent souvent avec des méthodes de plusieurs disciplines (géographie, philosophie, psychologie, sociologie, sciences de l’éducation, sciences de l’information, sciences politiques). Nous inspirant de la proposition du sociologue Bernard Lahire (2013, 2015), nous discutons de la faisabilité et de la pertinence de documenter dans nos enquêtes les cadres (ex. : instances ou institutions), les modalités (ex. : les techniques, les manières de faire), les temps (ex. : les rythmes, les durées, les moments) et les effets (ex. : les dispositions qui résultent du processus).
Le but du colloque est de favoriser le dialogue et le croisement de perspectives sur la question de la socialisation dans les parcours d’apprentissage à tous les âges de la vie et dans différents environnements. Nous poursuivons deux objectifs spécifiques :
Ce travail permet d’éclairer des apprentissages réalisés, de façon tacite ou non, dans l’exercice d’une pratique, qu’elle soit structurée (ex. : sportive ou religieuse), plus ancrée dans une culture de débrouillardise (ex. : fabrication des repas avec peu) ou ceux de la sphère numérique (ex. : raccourcissement des durées de réponse), et leur influence dans la poursuite du parcours d’apprentissage et au moment de transitions diverses.
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