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Jocelyne St-Arnaud
La méthode d’expérimentation scientifique reconnue (analyse de laboratoire, expérimentation sur des modèles animaux, essais randomisés à l’aveugle en trois phases), les normes de transmission des connaissances et les normes en éthique de la recherche sont mises à mal en temps de pandémie. Sous la pression de l’urgence d’agir, des écarts se produisent sur toute la chaîne qui devrait mener à des médicaments et à des vaccins efficaces et sécuritaires. Ces écarts sont manifestes dans des exemples précis : essais de type challenge qui soumettent les participants à des risques importants pour leur santé et même pour leur vie, autorisations en urgence de médicaments et de vaccins qui doivent être retirés par la suite, prépublications sur le web et publications dans des revues de renom qui ne respectent pas les normes scientifiques, ni les règles d’évaluation reconnues. Ces écarts jettent le doute sur le bien-fondé de la méthode scientifique et sur les résultats des expérimentations en créant ce qu’on pourrait appeler des « vérités parallèles ».
Afin de faire écho au thème du 88e congrès de l’Acfas, intitulé Du jamais su, la Société de philosophie du Québec invite ses membres à réfléchir aux invisibles et aux inaudibles de la philosophie. Bien que la philosophie se veuille une recherche de vérité, une quête de sagesse, on peut se questionner sur ses angles morts. Qu’est-ce qui est mis de côté dans cette quête, et pourquoi? Nous pouvons penser à la philosophie grecque qui s’échafaude sur un rejet de la mythologie afin de fonder un discours rationnel. À la philosophie médiévale, dans la lignée de l’héritage de la tradition chrétienne, qui a, de son côté, contribué à un rejet du corps et du monde ici-bas. À Kant, dans son geste de déconstruction de la métaphysique, qui a séparé ce qu’il était possible de penser de ce qu’il était possible de connaître. Ou plus près de nous, au tournant linguistique qui est venu remettre en question le langage même de la métaphysique en traquant les énoncés mal formés et sans signification réelle.
Chaque époque, chaque courant philosophique semble mettre de côté certains aspects ou certaines expériences afin de délimiter son objet de connaissance et les possibilités de connaître, reléguant ces éléments à l’invisibilité ou à l’inaudibilité. Certains de ces aspects semblent ensuite être « redécouverts » par les courants subséquents, ouvrant ainsi des débats dans l’histoire de la philosophie. S’intéresser aux invisibles et aux inaudibles pourrait se révéler une manière de penser à nouveaux frais l’histoire des débats philosophiques et la formation du canon en philosophie; une manière de réfléchir à ceux et celles qui font l’histoire et du même coup, à ceux et celles qui sont tombé.e.s dans l’oubli, aux voix marginalisées. Qu’est-ce qui se cache dans les marges de la philosophie? Y a-t-il du jamais su?