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Maude Riverin : UQAM - Université du Québec à Montréal
La communication que nous vous proposons aujourd’hui présentera une lecture de l’oeuvre audiovisuelle Dirty Computer—Emotion Picture (Janelle Monáe, 2018), laquelle arrime cinéma, vidéoclips et album musical. Dans Dirty Computer, Monáe se sert du genre de la science-fiction afin de construire un discours critique qui incarne une histoire cinématographique précise et aborde des enjeux actuels, notamment en regard aux identités raciales, genrées et sexuées. Plus précisément, Monáe utilise la science-fiction de manière à renverser la position d’altérité dans laquelle le cinéma de science-fiction mainstream avait historiquement maintenu les individus appartenant aux identités raciales, genrées et sexuées non-normatives. Dirty Computer, dont le personnage principal est une personne racisée, non-binaire, queer et polyamoureuse, se présente comme une oeuvre qui vise à promouvoir les identités raciales, genrées et sexuées non-normatives qui ont été perçues comme disruptives face au pouvoir systémique social occidental — plus précisément, états-unien — et à l’hégémonie culturelle, discursive et narrative du cinéma mainstream. C’est d’ailleurs dans cet optique que nous proposons de mobiliser le concept du regard oppositionnel, tel que développé par bell hooks (1992) afin de rendre compte des façons dont se construit, à travers Dirty Computer, un regard critique face au caractère disruptif des identités non-normatives.
Les dernières années se démarquent par une pluralité de discours et de représentations (littéraires, artistiques ou cinématographiques) inédites sur la sexualité des femmes, des minorités sexuelles et de genre, ainsi que sur des pratiques sexuelles et affectives alternatives telles le BDSM et les non-monogamies. On assiste à un certain élargissement du droit à la subjectivité et à l’agentivité sexuelle des groupes opprimés. Au centre des préoccupations sur les sexualités vient le consentement. Le mouvement #metoo a fait émerger plusieurs questions sur la sexualité égalitaire : comment politiser collectivement le consentement dans un contexte individualiste néolibéral? Quelle est la place du désir et du plaisir dans le consentement? Quelles pratiques éducatives, militantes ou culturelles peut-on mettre en place? D’un point de vue féministe, queer, antiraciste et décolonial, comment (re)penser la subversion érotique et les stratégies de résistance face aux impératifs des industries culturelles qui tendent à édulcorer la radicalité politique de certains discours et représentations? Ce colloque constitue un espace d’arrimage interdisciplinaire des savoirs à propos du consentement, du plaisir et du désir en partageant des outils conceptuels souvent ignorés d’une discipline à l’autre, tels que l’injustice épistémique (Fricker, 2007; Dotson, 2018), les scripts sexuels (Simon et Gagnon, 1973) et l’agentivité sexuelle (Lang, 2011; Lavigne et coll., 2019), les affects et la corporéité (Gregg et Seigworth, 2010; Grosz, 1994, 2017; Ahmed, 2017). Les axes suivants seront explorés : 1) Apports épistémologiques, critiques et éthiques : quelles injustices épistémiques reproduisent les théories actuelles? Quelles sont les avenues de (re)politisation des savoirs sur les concepts de consentement, de désir et de plaisir? 2) Apports théoriques : quels arrimages possibles entre les concepts de corporéité ou des affects à la théorie des scripts sexuels ou de l’agentivité sexuelle? et 3) Représentations des corps et des sexualités : Quels contre-scripts observons-nous (au cinéma, dans les séries, les œuvres littéraires, la pornographie, etc.)? Quelles avenues de résistance proposent-ils ou encore à quelles réifications s’adonnent-ils? Quel est le potentiel éducatif et militant de ces représentations?
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