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Chantal Gailloux : Texas State University
La coopération est souvent présentée comme importante pour les réseaux agroalimentaires alternatifs alors qu’elle est aussi essentielle au capitalisme agraire. Pour étudier la double fonction de la coopération dans les réseaux agroalimentaires alternatifs et productivistes, je me plonge par l’ethnographie dans le travail d'une petite coopérative de producteurs de l'Est-du-Québec qui approvisionne en fruits et aromates les artisans de la fermentation. Cherchant à s’affranchir des subventions pour payer son employé tout en offrant un prix équitable aux agriculteurs, cette coopérative est confrontée à des choix éthiques en choisissant avec qui elle collabore.
Pour discuter de la double fonction de la coopération, j'explore deux études de cas à travers une recherche documentaire. Je présente comment de riches industriels nouvellement établis en Californie ont coopéré dès le 19e siècle en partageant infrastructures et expertise pour devenir des leaders dans la production fruitière. Au Québec, en me concentrant sur le plan conjoint du bleuet, j’explore comment le gouvernement, les syndicats agricoles et l'industrie ont collectivisé la mise en marché pour stabiliser le salaire des agriculteurs, tenter de stabiliser les prix et construire un avantage comparatif. Reconnaissant que la coopération est aussi essentielle à l'accumulation capitaliste, comment le gouvernement, l'industrie et les citoyens coopèrent-ils dans les réseaux agroalimentaires alternatifs et productivistes?
Plusieurs projets conduits par le Centre d’innovation sociale en agriculture (CISA) illustrent tour à tour une transition en agriculture et en agroalimentaire, voire une bascule vers un renouvellement. Cette transition traverse les enjeux liés à la diversité des modèles agricoles et à la vitalisation des territoires.
La diversité des modèles
Le modèle unique traditionnel en agriculture chevauche d’autres modèles porteurs de possibilités, notamment pour laisser place à une relève agricole souvent non apparentée, provenant de différentes origines et ayant des parcours atypiques. Outre les modes d’établissement qui se diversifient, il en est de même pour les modèles de production et de mise en marché. Les plateformes numériques se multiplient pour vendre en circuits courts. Des créneaux apparaissent teintés de valeurs environnementales (agriculture raisonnée, biologique, urbaine, régénératrice, de petits fruits, de petits élevages, etc.).
La revitalisation des territoires
Ces projets émergents, souvent innovants et mobilisateurs, sont de véritables moteurs de revitalisation des territoires, des villes, des régions éloignées et nordiques. Face à l’ébullition des modèles agricoles et des canaux de vente, des porteurs de projets aspirent à changer les modèles établis. Dans cet élan, de nouveaux outils, leviers et dispositifs de mise en œuvre sont en cours d’expérimentation : laboratoires et territoires (MAPAQ), fiducies d’utilité sociale agricole (FUSA), incubateurs d’entreprises agricoles, modèles de souveraineté alimentaire autochtone, etc.
Quelles résiliences?
Cette transition soulève des questions. Est-ce que les politiques publiques sont adaptées à cette nouvelle réalité? Quelle échelle de territoire (locale, régionale, provinciale) conviendrait le mieux, et pour faire quoi? Quels codes de référence communs permettraient d’intégrer les spécificités socioculturelles émergeant du territoire? Comment innover dans les pratiques et sur le terrain pour accompagner ces nouveaux modèles?
Dans ce monde agricole et agroalimentaire en transition, les impacts sont transversaux. Ce colloque souhaite donc faire avancer la réflexion en lien aux pratiques, tant avec les acteurs de la recherche qu’avec ceux qui sont engagés sur le terrain.
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