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Marie-Josée Morneau : Université de Saint-Boniface
Selon Hattie (2020), la rétroaction est un des facteurs qui influence le plus l’apprentissage. Dans le cours Principes et pratiques de l’évaluation des apprentissages, un cours obligatoire pour les étudiants inscrits au baccalauréat en éducation à l’Université de Saint-Boniface au Manitoba, les étudiants sont amenés à collaborer en se fournissant de la rétroaction constructive. Plus spécifiquement, le cours comprend des ateliers expérientiels dans lesquels les étudiants travaillent en petits groupes afin de mettre en pratique la théorie présentée. Lors de tâches, telles que la construction d’une grille d’évaluation ou la rédaction des bulletins scolaires, les participants doivent tenir compte des critères de réussites visés, puis ils doivent ensuite fournir de la rétroaction à leurs pairs, réfléchir à leurs forces et points à améliorer et enfin apporter les améliorations nécessaires.
Le dialogue professionnel qu’engendre un tel processus place les futurs enseignants au cœur de leur apprentissage, tout en approfondissant leurs compétences en pratiques évaluatives. L’interaction avec les pairs et avec la professeure lors des ateliers constitue un des moyens par excellence pour valider et consolider la compréhension des concepts clés de l’évaluation. Lors de cette communication orale, différentes stratégies, modes et outils d’évaluation utilisés dans le cours seront présentés tout en se centrant sur l’importance de la rétroaction dans la formation des maitres.
En formation initiale des enseignants, le temps consacré à la discipline de l’évaluation des apprentissages est très faible (Stiggins, 2017). Au Québec, les programmes préparent peu les futurs enseignants à la réalisation des différentes tâches associées à l’évaluation (CSE, 2019), la plupart des programmes ne comprenant que 3 ou 4 crédits sur les 120 totaux (soit environ 3 %). Cette faible importance détonne avec celle décrite par les études sur les tâches liées à l’évaluation des apprentissages, qui estiment qu’elles occupent de 30 à 50 % du temps des enseignants (Stiggins, 1991; Frey et Schmitt, 2010). Ce fossé entre le nombre d’heures de formation et la complexité de l’évaluation explique probablement le décalage observé entre les pratiques promulguées dans les documents ministériels et les pratiques observées dans les classes du primaire (Durand, 2010), bien que les programmes ontariens équivalents, ayant un taux de crédits plus grand, fassent les mêmes constats.
L’évaluation des apprentissages est une discipline complexe (Dionne, 2011) et son enseignement repose sur deux éléments distincts. D’abord, l’évaluation des apprentissages reprend des éléments de la psychométrie (Auger, 2000), des statistiques (Laveault et Grégoire, 2014), des différentes didactiques et des écrits sur la motivation (Chouinard, 2002) en plus d’avoir son propre corpus d’écrits spécifiques (Scallon, 2004; Tardif, 2006; Laurier et coll., 2005). Ensuite, le vécu des étudiants, alors qu’ils étaient élèves, amène un préjugé cognitif qui les amène à utiliser les modalités d’évaluation qu’ils ont vécues (Romainville, 2006) au détriment des nouvelles stratégies, comme l’utilisation de tâches complexes et les approches critériées. Alors que de nombreux États proposent une modernisation des pratiques d’évaluation, comme celle proposée dans la politique québécoise d’évaluation des apprentissages (MEQ, 2003), il appert important de dresser un portrait de l’enseignement de l’évaluation des apprentissages.
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