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Vincent Gevrey : Université catholique de l'Ouest
En France, les neurosciences marquent de plus en plus le pas dans les politiques éducatives gouvernementales. L’enfant devient dans le discours politique une sorte de machine à exécuter des tâches cognitives par l’intermédiaire d’une didactique de plus en plus opératoire. Mais que se passe-t-il lorsque cette machine s’enraye ? Peut-on penser l’apprentissage autrement que sous le prisme de la performance ? Plus que cela, cette attente de performance ne cache-t-elle pas une compétition grandissante dans nos écoles entre les élèves ? Certaines recherches en sciences de l’éducation continuent de démontrer l’importance de la prise en compte des enjeux transférentiels de la relation pédagogique sur la scène scolaire, et plus particulièrement auprès des publics dits “en difficultés scolaires”. Dans cette perspective, nous menons depuis 3 ans une recherche collaborative (5 laboratoires) en partenariat avec ATD ¼ Monde pour accompagner cliniquement des équipes pédagogiques afin de lutter contre la ségrégation scolaire dont souffrent particulièrement les élèves en situation de grande précarité par une systématisation des orientations vers des dispositifs spécifiques. L’ambition inclusive de cette recherche est d’essayer d’apporter un autre regard, moins stigmatisant, sur les parcours scolaires de ces élèves en s’appuyant sur l’hypothèse psychanalytique que cette catégorisation portée par les institutions engage inconsciemment les professionnels vers des pratiques ségrégatives.
« Une autre science est possible : science collaborative, science ouverte, science engagée, contre la marchandisation du savoir », proposait-on il y a 10 ans lors du colloque de fondation de l’Association science et bien commun. Depuis cet événement, nous nous sommes interrogés avec plus de 200 chercheuses et chercheurs des pays du sud et du nord, professionnels et citoyens, notamment sur les politiques scientifiques, la science comme outil de développement durable, la liberté universitaire, la responsabilité sociale des chercheurs et chercheuses, la science ouverte, le libre accès et la justice cognitive.
Aujourd’hui, comment s’articulent les différentes visions des sciences? Entre l’idéal de la science néolibérale vectrice d’un développement économique mondialisé, l’idéal de la science positiviste qui existe à côté de la société, motivée par la découverte d’une Vérité unique sans égard aux besoins et aux conséquences, l’idéal de la science engagée dans laquelle les savoirs deviennent actifs, vecteurs de progrès social — mais au profit de qui? —, et l’idéal de la science ouverte, qui reconnaît la diversité des savoirs et invite le dialogue — mais peut-être au détriment de son propre pouvoir et d’une certaine cohésion sociale?
Quelles formes prennent aujourd’hui les idéaux alternatifs de la science ouverte, engagée ou inclusive? À quelles activités scientifiques sont-ils associés? Existent-ils encore en marge, peu reconnus, peu soutenus? Devant la crise des changements climatiques et celle de la pandémie de la COVID-19, prennent-ils une nouvelle importance ou sont-ils dénaturés? Comment pourraient-ils être mieux soutenus par les politiques scientifiques des divers pays, par les actions des universités partout dans le monde, et par les chercheurs et chercheuses au nord comme au sud? Quels sont les nouveaux domaines prioritaires émergés ou émergents de la science ouverte, engagée ou inclusive; biodiversité, agroécologie, droits de la personne, énergies?
Titre du colloque :