Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Sabine Kahn : Université libre de Bruxelles
Coenseignement, enseignement mutuel, enseignement coopératif, classes multi-degrés ou multi-âges : ce sont là des modalités organisationnelles qui autorisent une « différenciation pédagogique » raisonnée, propice aux apprentissages de tous les élèves. Mais elles ne peuvent le faire qu’à certaines conditions :
- L’enseignant doit accepter de renoncer au rêve d’une classe homogène, de renoncer à une certaine « forme d’enseignement scolaire », de renoncer à imputer les éventuelles difficultés d’apprentissage à l’élève et sa famille, de renoncer à externaliser le traitement de la difficulté scolaire, de renoncer à l’autoritarisme, de renoncer au contrôle permanent de tous, etc.
- L’enseignant doit reconstruire certaines convictions : confiance en ses propres compétences de pédagogue, confiance dans les compétences d’élève de l’autre, confiance dans la capacité de soutien et de support des élèves entre eux, etc.
- L’enseignant doit mettre en oeuvre différentes vigilances du côté des élèves : conditions de travail suffisamment bonnes mais aussi et surtout, maintien d’un cap permanent sur des apprentissages conséquents, l’emprunt opportun à des théories pédagogiques diverses etc.
- L’enseignant doit mettre en oeuvre également des vigilances du côté de ses propres pratiques : repérages et évitements des pratiques différenciatrices dans l’ordinaire des classes et à son propre insu, pratiques de pédagogies différenciées qui concourent à l’augmentation des écarts d’apprentissages, etc.
Depuis quelques années, le coenseignement devient un dispositif pédagogique de plus en plus utilisé dans les écoles québécoises, et ce, dans tous les ordres d’enseignement (Tremblay et Granger, à paraître). Le coenseignement est défini comme : « un travail pédagogique en commun, dans un même groupe et dans un même temps, de deux ou de plusieurs enseignants se partageant les responsabilités éducatives pour atteindre les objectifs spécifiques. Cette collaboration peut fonctionner à temps partiel (ex. : une heure semaine) ou à temps complet » (Tremblay, 2012, p. 71). Deux types de coenseignements sont principalement utilisés : le coenseignement à orientation orthopédagogique et le coenseignement à orientation didactico-pédagogique (Tremblay, à paraître).
Le coenseignement présente différents avantages fréquemment cités dans la littérature (efficacité, augmentation du soutien, satisfaction des coenseignants, etc.). L’un d’eux est le développement professionnel des enseignants (Friend et Cook, 2007; Murawski, 2008; Tremblay, 2010). Toutefois, peu de travaux se sont intéressés à cette question, surtout en contexte francophone.
En effet, le développement professionnel des enseignants est considéré comme un processus alimenté non seulement par la formation initiale et la formation continue, mais également par l’interaction avec les pairs et par la réflexivité personnelle dans d’autres situations, professionnelles ou privées (Day, 1999; Lieberman et Miller, 2001). Plus précisément, Donnay et Charlier (2001, 2006) proposent de définir quelques caractéristiques du développement professionnel (orienté, situé, planifiable, dynamique et continu, soutenu par une éthique professionnelle et à responsabilité partagée).
Ce colloque vise à réunir des praticiens du coenseignement (enseignants), des administrateurs scolaires responsables de projets de coenseignement (ex. : directions) et des chercheurs autour de cette question du développement professionnel.
L’objectif principal est de documenter et d’analyser la manière dont s’opère le développement professionnel des enseignants en contexte de coenseignement intensif. Pour ce faire, ce colloque se propose de mailler les travaux des chercheurs avec celui des professionnels (enseignants, directions et conseillers pédagogiques) sur cette question de développement professionnel. D’une part, cela a pour objectif d’alimenter la théorie à partir de l’expérience des enseignants et des directions et, d’autre part, d’éclairer les pratiques de ces derniers par les travaux des chercheurs. Ce colloque permet une réflexion conjointe entre chercheurs et professionnels, notamment sur les approches méthodologiques les plus adéquates pour cerner les logiques d’action et fournir des pistes qui contribueront à l’avancement des travaux de recherche, mais aussi à la mise en œuvre de dispositifs de soutien du développement professionnel en contexte de pratique.
Titre du colloque :