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Samba Diakité : Université Alassane Ouattara
L’Africanologie, née dans les sillages de la Négritude, du Panafricanisme, du Socialisme africain, de l’existentialisme sartrien, du Consciencisme de N'krumah et du Nihilisme nietzschéen, est un courant de pensée qui vient amorcer le développement africain dans son ensemble. Cette doctrine nouvelle, continue, réussit son chemin de transformation de l’Afrique grâce aux concepts qu’elle a engendrés. De prime abord, elle prend son envol avec la philosophie de la contestation, qui est une philosophie du changement pour les peuples africains. L’heure n’est plus aux querelles portant sur l’existence ou non d’une philosophie qui appartienne à l’Afrique, encore moins d’une lutte acharnée pour une quelconque identité perdue qu’il faudrait re-trouver à tout prix pour la restaurer ensuite. L’heure n’est pas non plus aux rejets systématiques de l’autre et de ce qui vient des autres. La recherche de l’authenticité n’est plus la solution aux problèmes de l’Afrique, autrement dit : l’Afrique n’a plus besoin d’Africanisme et d’Africamisme (Diakité, 2016). Tout État africain, soucieux de son développement, se doit de penser africanologiquement. Il urge, nécessairement, d’effectuer le passage de l’intellectuel-africamiste à l’intellectuel-fontaine qui consiste à faire table rase de nos vieilles habitudes décadentes et nous orienter, par la suite, vers un nouveau mode de penser ; ce qui ouvre le chemin à l’avènement du Surafricain.
Le concept d’africanologie (Diakité, 2016) se définit, selon son concepteur, comme :
« Une discipline réflexive née de la jonction des sciences philosophiques, expérimentales, des cultures africaines, occidentales et des sciences humaines. Elle est un champ interdisciplinaire qui commence d’abord par la philosophie, passe de là aux sciences humaines et s’achève dans les sciences expérimentales. L’Africanologie est une tétraphilosophie; c’est-à-dire qu’elle est à la fois une géophilosophie, une historiophilosophie, une sociophilosophie et une médicophilosophie. Elle se définit donc comme une scientophilosophie, c’est-à-dire l’étude clinique, scientifique et philosophique de l’Afrique à partir de sa genèse et de son fonctionnement en tenant compte de son histoire, de ses cultures, de ses civilisations, de ses découvertes, de ses inventions et de ses pratiques. L’Africanologie est le gain de la symbiose des savoirs occidentaux et des savoirs endogènes africains. » (Diakité, 2018, p.122-123)
L’africanologie peut apparaître comme le résultat d’une volonté de reconstruction et de renaissance d’une société africaine à travers l’éveil des consciences.
Ainsi, à l’image de la négritude, l’africanologie se veut aujourd’hui la thérapeute de l’Afrique et des Africains, en vue de venir à bout des maux qui les rongent. À partir d’un diagnostic réaliste et objectif du mal africain, dénué de toute complaisance, l’africanologie se fait un devoir d’indiquer aux Africains les voies et les moyens susceptibles d’en venir à bout, et donc de créer les conditions de l’émergence, ultime étape vers le développement. Mais en réalité, l’africanologie est-elle susceptible d’influencer le destin de l’Afrique et des Africains, en leur donnant la possibilité de relever les défis du développement? Faut-il voir en l’africanologie un concept de trop au sein des études africaines? Sa démarche se démarque-t-elle des autres disciplines et autres doctrines vouées à l’Afrique? La révolution, sous-tendue par l’éveil des consciences qu’elle prône, ne présuppose-t-elle pas la mise en parallèle des perspectives exogènes et celles dites endogènes? Finalement, quelles peuvent être les forces et les faiblesses de l’africanologie, dans sa contribution à la marche de l’Afrique vers l’émergence, dans un contexte de mondialisation?
Ce colloque vise à faire l’état des lieux des études africaines contemporaines en général, et de l’africanologie en particulier, au regard des défis des temps nouveaux. Il se doit, pour y parvenir, de proposer une discussion critique autour du concept d’africanologie, c’est-à-dire en débattre l’opportunité du surgissement et en relever d’une part les forces et d’autre part les faiblesses, le tout dans une mise en parallèle avec d’autres disciplines, doctrines ou concepts en lien avec l’Afrique, et ce, dans le but de situer la contribution de l’africanologie dans le processus de développement de l’Afrique.
Titre du colloque :