Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Louis Rivet-Préfontaine : École normale supérieure
À partir d’une amorce d’enquête ethnographique de l’économie alimentaire du quartier Pointe Saint-Charles à Montréal, historiquement reconnu comme quartier populaire, je souhaite alimenter les réflexions quant à la définition du terme de « classe populaire », spécifiquement dans sa dimension d’ancrage dans une localité donnée. Pour ce faire, je tenterai d’appréhender cet ancrage à l’aune d’un cadre théorique de sociologie de la connaissance de l’économie. Je dessinerai dans un premier temps une esquisse de l’économie alimentaire dont j’ai pu prendre connaissance jusqu’à maintenant. Il sera alors possible d’envisager l’existence d’une diversité de connaissances de l’économie qu’on peut y retrouver. Cette diversité est constitutive des relations socioéconomiques développées dans le secteur alimentaire du quartier et de ses environs mais découle aussi du fait de la réunion d’individus aux trajectoires de vie – et donc aux connaissances et expériences socioéconomiques – éclatées. Cet exposé sera en ce sens également l’occasion d’entrevoir la nature plurielle de l’économie alimentaire du quartier à travers les espaces-temps sociaux qui la composent. L’ancrage de groupes sociaux dans une localité peut-il apporter une contribution à la notion de classe sociale populaire si un tel ancrage est, dans un cas contemporain comme celui de la Pointe, l’expression de connaissances et de relations socioéconomiques renvoyant à des localisations sociales débordant largement cette localité?
Au-delà de la disparition annoncée de manière récurrente des classes sociales, que faire aujourd’hui de ce concept fondamental en sciences sociales, aujourd’hui très peu utilisé ici comme ailleurs (Hugrée, Penissat et Spire, 2017)? Bien que le concept ne soit pas complètement disparu, nous avons l’impression que son usage sert davantage à délimiter un champ d’analyse (les classes populaires, par exemple), regroupant bien quelques indicateurs communs (revenu, scolarité, etc.), qu’à expliquer la vie en société. D’où la difficulté toujours présente d’articuler pour ainsi dire la raison statistique du sociologue à celle des enquêté.e.s. Est-ce en raison d’une conscience de classe absente que les classes sociales n’existeraient pas? Ou s’agirait-il d’une difficulté bien réelle des sociologues à analyser le classement effectué par les individus en société? Si la définition même de ce que seraient les classes sociales demeure problématique, les individus continuent pourtant à classer ou à catégoriser leur expérience sociale. Est-il par conséquent possible que ce soit la définition théorique usuelle des classes sociales, souvent réduite à des « conditions socio-économiques », qui ne permette plus de rendre compte de l’existence de classes sociales? Le colloque sera l’occasion de réfléchir à cette difficulté actuelle de penser les classes sociales, et ce, de différentes manières : 1) genèse de l’usage du concept de classes sociales en sciences sociales; 2) tentatives actuelles de réactualisation ou de redéfinition; 3) réflexions sur son usage dans les enquêtes sociologiques et anthropologiques en méthodologie tant quantitative que qualitative; et 4) façon de penser l’articulation de la diversité des rapports sociaux (de classes, de genre et d’ethnie ou de race, de nation, etc.). Est-ce que le concept de classes sociales peut encore contribuer à expliquer les mobilisations citoyennes actuelles à travers le monde?
Titre du colloque :
Thème du colloque :