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Zoé Bonnardot : EDF
Reconnu comme acteur majeur du réchauffement climatique (GIEC, 2019) l’humain est au coeur des préoccupations du design (Norman & Draper, 1986). En tant que designer d’innovations sociales, notre objectif est qu’il ne soit pas seulement une partie du problème, mais également une partie de la solution (Manzini, 2007). Dans cette perspective, il est aujourd’hui nécessaire de penser et de concevoir des outils et méthodes pour un design de la transition (Manzini, 2007 ; Gaziulusoy & Ryan, 2017; Irwin, 2018). En ce sens, notre proposition est une mise en application des principes de design du milieu (Petit, 2015) ainsi qu’une contribution au domaine de pratique, d’étude et de recherche qu’est le Transition Design (Irwin, 2018). Afin d’accompagner au mieux le bouleversement sociotechnique qu’est la transition énergétique en France, nous proposons un dispositif de simulation participative, sous la forme d’un jeu de plateau. Conçu pour générer des interactions humaines réalistes dans un univers « post-transition », il permet de simuler le partage d’énergies renouvelables entre voisins. En invitant un public non-expert à confronter leurs visions des futurs énergétiques (Mazé, 2016), le dispositif est un outil pédagogique. Également conçu comme un objet intermédiaire de conception, il permet d’observer les processus de prises de décisions individuelles, les formes d’organisation collective ainsi que les besoins et difficultés générés par ce nouvel environnement.
Apparue aux États-Unis dans les années 1980, l’éthique du care est une manière de penser la morale fondée sur le souci des autres (sollicitude) et l’acte de « prendre soin » (Brugère, 2011). Fondée sur un sentiment de responsabilité à l’égard d’autrui et de ses besoins, elle concerne les tâches de soin impliquées dans les diverses formes de vulnérabilité (soin parental, traitement de la dépendance, travail social). Formulant à l’égard de la relation marchande une critique similaire à celle de la théorie du don, l’éthique du care postule qu’il existe une qualité morale dans l’acte d’aider les autres. Un premier rapprochement entre cette logique du care et la logique du design peut être observé dans le travail de Victor et Sylvia Margolin (2001). Inspiré du travail social, le « design social » selon eux vise la satisfaction des besoins des populations vulnérables ou marginalisées, comme celles à faibles revenus ou ayant des besoins particuliers en raison de leur âge, de leur santé ou de leur handicap. Cette approche pose les premières conditions d’un rapprochement entre l’acte de design et l’acte de soin. Ce colloque souhaite explorer le potentiel de cette idée et faire la lumière sur la pertinence de la théorie du care pour les disciplines du design. Peut-on considérer l’éthique du soin comme un modèle général pour le design? Par exemple, peut-on considérer qu’un petit objet électroménager comme Tero, qui transforme les résidus alimentaires des ménages en un fertilisant prêt à l’emploi, est le résultat d’un acte de design qui prend soin de notre environnement? Qu’est-ce que cela signifie de « prendre soin par le design »? Quelles approches théoriques, conceptuelles, méthodologiques et pratiques les enjeux de soin appellent-ils en design? Le design doit-il se limiter à prendre soin? Peut-il soigner ou sauver le monde? Pour Papanek (1971), on sait que le design est l’un des pires maux de la planète. Comment faire la part du soin et des « effets indésirables »?
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