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Simon Goyer : UQAM - Université du Québec à Montréal
En 2009, le National Institute of Mental Health (NIMH), le principal institut public responsable de la recherche sur les désordres mentaux aux États-Unis, a mis sur pied les Research Domain Criteria (RDoC), un cadre de recherche. En menant des études empiriques dans ce dernier, le NIMH espère améliorer notre compréhension des troubles mentaux et contribuer au développement de traitements nouveaux et efficaces. Les RDoC sont-ils une structure conceptuelle adéquate pour encadrer la recherche en psychiatrie ? Ma thèse est que non parce que la conception du trouble mental inhérente aux RDoC selon laquelle les troubles mentaux sont essentiellement des troubles du cerveau représentables avec des construits dimensionnels psychobiologiques quantitativement mesurables ne capture pas adéquatement ce que sont les troubles mentaux. En effet, il y a de bonnes raisons de penser que les troubles mentaux ne sont pas essentiellement des troubles du cerveau et que certaines de leurs propriétés sont mieux capturées par des concepts non quantifiables. C’est pourquoi je propose de remplacer la conception du trouble mental des RDoC par la conception selon laquelle les troubles mentaux sont des dysfonctions énactives (DE), laquelle ne rencontre pas les problèmes des RDoC. Pour cette raison, je pense que la DE pourra nous aider plus que la conception du trouble mental des RDoC à comprendre, soigner et faire baisser la prévalence des troubles mentaux.
Afin de faire écho au thème du 88e congrès de l’Acfas, intitulé Du jamais su, la Société de philosophie du Québec invite ses membres à réfléchir aux invisibles et aux inaudibles de la philosophie. Bien que la philosophie se veuille une recherche de vérité, une quête de sagesse, on peut se questionner sur ses angles morts. Qu’est-ce qui est mis de côté dans cette quête, et pourquoi? Nous pouvons penser à la philosophie grecque qui s’échafaude sur un rejet de la mythologie afin de fonder un discours rationnel. À la philosophie médiévale, dans la lignée de l’héritage de la tradition chrétienne, qui a, de son côté, contribué à un rejet du corps et du monde ici-bas. À Kant, dans son geste de déconstruction de la métaphysique, qui a séparé ce qu’il était possible de penser de ce qu’il était possible de connaître. Ou plus près de nous, au tournant linguistique qui est venu remettre en question le langage même de la métaphysique en traquant les énoncés mal formés et sans signification réelle.
Chaque époque, chaque courant philosophique semble mettre de côté certains aspects ou certaines expériences afin de délimiter son objet de connaissance et les possibilités de connaître, reléguant ces éléments à l’invisibilité ou à l’inaudibilité. Certains de ces aspects semblent ensuite être « redécouverts » par les courants subséquents, ouvrant ainsi des débats dans l’histoire de la philosophie. S’intéresser aux invisibles et aux inaudibles pourrait se révéler une manière de penser à nouveaux frais l’histoire des débats philosophiques et la formation du canon en philosophie; une manière de réfléchir à ceux et celles qui font l’histoire et du même coup, à ceux et celles qui sont tombé.e.s dans l’oubli, aux voix marginalisées. Qu’est-ce qui se cache dans les marges de la philosophie? Y a-t-il du jamais su?
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