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Alice Martin : Université de Nîmes
Les évolutions du service public en France tendent à donner une plus grande place aux usagers dans la construction des politiques publiques (Cortey et al., 2019; Deni & Catoir- Brisson, 2019). Toutefois l’expertise des agents et la volonté des élus sont également à prendre en compte et les changements de pratiques engendrent une transformation du fonctionnement de l’administration publique française (Espagno-Abadie & Peneranda, 2018). Dans ce contexte, les designers sont appelés à accompagner les administrations dans la co- conception de leurs politiques publiques. (Coblence & Vivant, 2017; Scherer, 2015; Weller & Pallez, 2017) Comment le design peut aider les agents publics à prendre en compte les usagers dans la construction des politiques publiques ?
Designer doctorante au laboratoire d’innovation de la Région Occitanie depuis octobre 2018, nous avons accompagné plusieurs Directions dans la conception de politiques publiques. Une observation participante a été menée, complétée d’entretiens avec les agents accompagnés pour comprendre comment ils s’approprient les méthodes du design.
Apparue aux États-Unis dans les années 1980, l’éthique du care est une manière de penser la morale fondée sur le souci des autres (sollicitude) et l’acte de « prendre soin » (Brugère, 2011). Fondée sur un sentiment de responsabilité à l’égard d’autrui et de ses besoins, elle concerne les tâches de soin impliquées dans les diverses formes de vulnérabilité (soin parental, traitement de la dépendance, travail social). Formulant à l’égard de la relation marchande une critique similaire à celle de la théorie du don, l’éthique du care postule qu’il existe une qualité morale dans l’acte d’aider les autres. Un premier rapprochement entre cette logique du care et la logique du design peut être observé dans le travail de Victor et Sylvia Margolin (2001). Inspiré du travail social, le « design social » selon eux vise la satisfaction des besoins des populations vulnérables ou marginalisées, comme celles à faibles revenus ou ayant des besoins particuliers en raison de leur âge, de leur santé ou de leur handicap. Cette approche pose les premières conditions d’un rapprochement entre l’acte de design et l’acte de soin. Ce colloque souhaite explorer le potentiel de cette idée et faire la lumière sur la pertinence de la théorie du care pour les disciplines du design. Peut-on considérer l’éthique du soin comme un modèle général pour le design? Par exemple, peut-on considérer qu’un petit objet électroménager comme Tero, qui transforme les résidus alimentaires des ménages en un fertilisant prêt à l’emploi, est le résultat d’un acte de design qui prend soin de notre environnement? Qu’est-ce que cela signifie de « prendre soin par le design »? Quelles approches théoriques, conceptuelles, méthodologiques et pratiques les enjeux de soin appellent-ils en design? Le design doit-il se limiter à prendre soin? Peut-il soigner ou sauver le monde? Pour Papanek (1971), on sait que le design est l’un des pires maux de la planète. Comment faire la part du soin et des « effets indésirables »?
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