Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Guillaume Durou : University of Alberta
Le retour des inégalités sans précédent invite plus que jamais les chercheurs à repenser les découpages sociaux. Sans surprise, aucun modèle d’analyse des classes n’a fait jusqu’à ce jour l’unanimité. Toutefois, certaines méthodologies sont plus en vogue que d’autres. Fortement opposé aux typologies conventionnelles wébériennes et marxiennes, le courant de la micro-stratification rassemble des partisans d’un modèle de classe empirique aux prétentions réalistes. De son côté, l’analyse culturaliste des classes (Savage, 2015), fortement inspirée par le schéma synoptique de Bourdieu souhaite repenser les classes au 21e siècle au-delà de la pure profession. Si ces nomenclatures de classes sont sophistiquées, elles ne sont pas sans inconvénient. À l’exception de leur analyse de classe, on ne leur trouve guère une véritable théorie des classes. Cette communication souhaite présenter les forces et les faiblesses de la micro-stratification et du modèle culturaliste en revenant d’abord sur les débats récents qui ont traversé la sociologie au sujet de la disparition des classes sociales. Ensuite, en s’inspirant des chantiers d’Erik Olin Wright (2008 ; 2015), de Rogers Brubaker (2015) et de Charles Tilly (1998), il s’agira de proposer une théorie et un schéma de classes qui réintègrent des dimensions centrales du capitalisme avancé. Cet effort théorique est combiné à un vaste sondage sur les classes au Canada actuellement en préparation avec des collègues de l’Université de l’Alberta.
Au-delà de la disparition annoncée de manière récurrente des classes sociales, que faire aujourd’hui de ce concept fondamental en sciences sociales, aujourd’hui très peu utilisé ici comme ailleurs (Hugrée, Penissat et Spire, 2017)? Bien que le concept ne soit pas complètement disparu, nous avons l’impression que son usage sert davantage à délimiter un champ d’analyse (les classes populaires, par exemple), regroupant bien quelques indicateurs communs (revenu, scolarité, etc.), qu’à expliquer la vie en société. D’où la difficulté toujours présente d’articuler pour ainsi dire la raison statistique du sociologue à celle des enquêté.e.s. Est-ce en raison d’une conscience de classe absente que les classes sociales n’existeraient pas? Ou s’agirait-il d’une difficulté bien réelle des sociologues à analyser le classement effectué par les individus en société? Si la définition même de ce que seraient les classes sociales demeure problématique, les individus continuent pourtant à classer ou à catégoriser leur expérience sociale. Est-il par conséquent possible que ce soit la définition théorique usuelle des classes sociales, souvent réduite à des « conditions socio-économiques », qui ne permette plus de rendre compte de l’existence de classes sociales? Le colloque sera l’occasion de réfléchir à cette difficulté actuelle de penser les classes sociales, et ce, de différentes manières : 1) genèse de l’usage du concept de classes sociales en sciences sociales; 2) tentatives actuelles de réactualisation ou de redéfinition; 3) réflexions sur son usage dans les enquêtes sociologiques et anthropologiques en méthodologie tant quantitative que qualitative; et 4) façon de penser l’articulation de la diversité des rapports sociaux (de classes, de genre et d’ethnie ou de race, de nation, etc.). Est-ce que le concept de classes sociales peut encore contribuer à expliquer les mobilisations citoyennes actuelles à travers le monde?
Titre du colloque :
Thème du colloque :