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Alexandre Truc : UQAM - Université du Québec à Montréal
Suite au succès de l'approche comportementale de Kahneman et Tversky dans les années 1980, l'économie comportementale s'est transformée. Une nouvelle génération a émergé, et la majorité des économistes reconnaissent maintenant l'approche comportementale comme légitime. Cette situation amène certains à considérer que l'économie comportementale est désormais "mainstream", et qu'une synthèse avec l'approche néoclassique doit être développée. Pourtant, malgré cette demande pour une réconciliation, une partie de cette nouvelle génération d'économistes comportementaux se trouve en conflit avec les approches plus traditionnelles de l'économie. Le présent papier est une étude de cas d’une controverse autour des préférences sociales pour comprendre comment les interactions entre économistes comportementaux et économistes traditionnelles se sont transformées pour devenir plus conflictuelles, indiquant une fragmentation plus profonde entre deux traditions en économie.
Afin de faire écho au thème du 88e congrès de l’Acfas, intitulé Du jamais su, la Société de philosophie du Québec invite ses membres à réfléchir aux invisibles et aux inaudibles de la philosophie. Bien que la philosophie se veuille une recherche de vérité, une quête de sagesse, on peut se questionner sur ses angles morts. Qu’est-ce qui est mis de côté dans cette quête, et pourquoi? Nous pouvons penser à la philosophie grecque qui s’échafaude sur un rejet de la mythologie afin de fonder un discours rationnel. À la philosophie médiévale, dans la lignée de l’héritage de la tradition chrétienne, qui a, de son côté, contribué à un rejet du corps et du monde ici-bas. À Kant, dans son geste de déconstruction de la métaphysique, qui a séparé ce qu’il était possible de penser de ce qu’il était possible de connaître. Ou plus près de nous, au tournant linguistique qui est venu remettre en question le langage même de la métaphysique en traquant les énoncés mal formés et sans signification réelle.
Chaque époque, chaque courant philosophique semble mettre de côté certains aspects ou certaines expériences afin de délimiter son objet de connaissance et les possibilités de connaître, reléguant ces éléments à l’invisibilité ou à l’inaudibilité. Certains de ces aspects semblent ensuite être « redécouverts » par les courants subséquents, ouvrant ainsi des débats dans l’histoire de la philosophie. S’intéresser aux invisibles et aux inaudibles pourrait se révéler une manière de penser à nouveaux frais l’histoire des débats philosophiques et la formation du canon en philosophie; une manière de réfléchir à ceux et celles qui font l’histoire et du même coup, à ceux et celles qui sont tombé.e.s dans l’oubli, aux voix marginalisées. Qu’est-ce qui se cache dans les marges de la philosophie? Y a-t-il du jamais su?