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Solange Lafolle : UQAM - Université du Québec à Montréal
Les grossesses précoces souvent présentées comme étant un « coût » pour la société, représentent un phénomène social qui préoccupe au niveau international (Daguerre, 2010). Loin de vouloir moraliser la sexualité des adolescentes martiniquaises, notre démarche s’inscrit dans une perspective d’écoute des récits et des trajectoires de vie des jeunes concernées sur les plans conscient et inconscient. La spécificité de la Martinique repose sur une histoire teintée de traumatismes liés à l’esclavage et au colonialisme. Une des répercussions réside dans l’organisation familiale singulière matrifocale qui déterminerait l’expérience de genre, de sexualité et de parentalité (Mulot, 2013). Aussi, souvent marginalisées et face aux dominations diverses, comment ces adolescentes exercent-elles un contrôle de leur agentivité sexuelle ? Nous nous interrogerons ici sur le sens de ces grossesses à la lumière de leur discours. Dans cette logique, nous souhaitons démontrer l’importance de l’accompagnement auprès d’adolescentes martiniquaises dans le processus de subjectivation (la possibilité de se sentir et se penser sujet de son être). En effet, ce processus permettrait une réappropriation de leurs histoires personnelle, transgénérationnelle et collective. Nous tenterons ainsi de comprendre en quoi une démarche de ce type pourrait contribuer à la décolonisation des esprits et des corps des jeunes filles martiniquaises, et par conséquent à leur agentivité sexuelle et reproductive.
Les dernières années se démarquent par une pluralité de discours et de représentations (littéraires, artistiques ou cinématographiques) inédites sur la sexualité des femmes, des minorités sexuelles et de genre, ainsi que sur des pratiques sexuelles et affectives alternatives telles le BDSM et les non-monogamies. On assiste à un certain élargissement du droit à la subjectivité et à l’agentivité sexuelle des groupes opprimés. Au centre des préoccupations sur les sexualités vient le consentement. Le mouvement #metoo a fait émerger plusieurs questions sur la sexualité égalitaire : comment politiser collectivement le consentement dans un contexte individualiste néolibéral? Quelle est la place du désir et du plaisir dans le consentement? Quelles pratiques éducatives, militantes ou culturelles peut-on mettre en place? D’un point de vue féministe, queer, antiraciste et décolonial, comment (re)penser la subversion érotique et les stratégies de résistance face aux impératifs des industries culturelles qui tendent à édulcorer la radicalité politique de certains discours et représentations? Ce colloque constitue un espace d’arrimage interdisciplinaire des savoirs à propos du consentement, du plaisir et du désir en partageant des outils conceptuels souvent ignorés d’une discipline à l’autre, tels que l’injustice épistémique (Fricker, 2007; Dotson, 2018), les scripts sexuels (Simon et Gagnon, 1973) et l’agentivité sexuelle (Lang, 2011; Lavigne et coll., 2019), les affects et la corporéité (Gregg et Seigworth, 2010; Grosz, 1994, 2017; Ahmed, 2017). Les axes suivants seront explorés : 1) Apports épistémologiques, critiques et éthiques : quelles injustices épistémiques reproduisent les théories actuelles? Quelles sont les avenues de (re)politisation des savoirs sur les concepts de consentement, de désir et de plaisir? 2) Apports théoriques : quels arrimages possibles entre les concepts de corporéité ou des affects à la théorie des scripts sexuels ou de l’agentivité sexuelle? et 3) Représentations des corps et des sexualités : Quels contre-scripts observons-nous (au cinéma, dans les séries, les œuvres littéraires, la pornographie, etc.)? Quelles avenues de résistance proposent-ils ou encore à quelles réifications s’adonnent-ils? Quel est le potentiel éducatif et militant de ces représentations?
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