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Anne Martine Parent : UQAC-Université du Québec à Chicoutimi
Ma communication prendra appui sur la télésérie québécoise Marche à l’ombre (2015-2017) pour développer une réflexion sur l’agentivité sexuelle (Lang 2011), les contre-scripts (Simon et Gagnon 1973) et le consentement (Oliver 2016). Mon analyse portera sur le personnage principal de la série, Rachel Marchand, une femme qui aime les rapports sexuels violents. Rachel démontre une forte agentivité sexuelle et n’accepte que les relations qui correspondent à ses scripts – qui constituent des contre-scripts autant culturellement que dans l’univers de la série. Je m’intéresserai ensuite à la question du consentement. Les rapports sexuels privilégiés par Rachel comportent notamment des fantasmes de viol, où son partenaire, après l’avoir frappée, la pénétrerait alors qu’elle est à peine consciente. Une mise en scène de non-consentement fait ainsi partie des fantasmes du personnage et des scénarios qui composent ses relations sexuelles. Toutefois, ceci finit par se retourner contre elle, puisqu’il n’y a pas de frontière perceptible (pas de « safe word » par exemple) entre le non-consentement fantasmé et un réel non-consentement. Enfin, j’aimerais aborder l’inégalité genrée qui fonde la réflexion actuelle sur le consentement, puisque celle-ci tourne pratiquement exclusivement autour du consentement féminin. Ainsi, les femmes « consentent » ou pas au sexe, ce qui évacue la notion de désir. La série me permettra de penser cette question.
Les dernières années se démarquent par une pluralité de discours et de représentations (littéraires, artistiques ou cinématographiques) inédites sur la sexualité des femmes, des minorités sexuelles et de genre, ainsi que sur des pratiques sexuelles et affectives alternatives telles le BDSM et les non-monogamies. On assiste à un certain élargissement du droit à la subjectivité et à l’agentivité sexuelle des groupes opprimés. Au centre des préoccupations sur les sexualités vient le consentement. Le mouvement #metoo a fait émerger plusieurs questions sur la sexualité égalitaire : comment politiser collectivement le consentement dans un contexte individualiste néolibéral? Quelle est la place du désir et du plaisir dans le consentement? Quelles pratiques éducatives, militantes ou culturelles peut-on mettre en place? D’un point de vue féministe, queer, antiraciste et décolonial, comment (re)penser la subversion érotique et les stratégies de résistance face aux impératifs des industries culturelles qui tendent à édulcorer la radicalité politique de certains discours et représentations? Ce colloque constitue un espace d’arrimage interdisciplinaire des savoirs à propos du consentement, du plaisir et du désir en partageant des outils conceptuels souvent ignorés d’une discipline à l’autre, tels que l’injustice épistémique (Fricker, 2007; Dotson, 2018), les scripts sexuels (Simon et Gagnon, 1973) et l’agentivité sexuelle (Lang, 2011; Lavigne et coll., 2019), les affects et la corporéité (Gregg et Seigworth, 2010; Grosz, 1994, 2017; Ahmed, 2017). Les axes suivants seront explorés : 1) Apports épistémologiques, critiques et éthiques : quelles injustices épistémiques reproduisent les théories actuelles? Quelles sont les avenues de (re)politisation des savoirs sur les concepts de consentement, de désir et de plaisir? 2) Apports théoriques : quels arrimages possibles entre les concepts de corporéité ou des affects à la théorie des scripts sexuels ou de l’agentivité sexuelle? et 3) Représentations des corps et des sexualités : Quels contre-scripts observons-nous (au cinéma, dans les séries, les œuvres littéraires, la pornographie, etc.)? Quelles avenues de résistance proposent-ils ou encore à quelles réifications s’adonnent-ils? Quel est le potentiel éducatif et militant de ces représentations?
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