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Lise Pelletier : UQAT - Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue
L’art et la création sont au centre d’un large spectre d’interventions partant de l’art qui fait du bien jusqu’à la psychothérapie par l’art, nuançant la place et la considération apportée à l’objet créé. Suivant le contexte de pratique, la formation de l’intervenant-thérapeute et la population concernée, de nombreuses questions éthiques et déontologiques soulevées par le potentiel d’exposition, de publication et de vente des productions plastiques méritent qu’on s’y attarde. D’une part, les lois et règlements sont suffisamment clairs pour encadrer une pratique judicieuse mais ne sont pas toujours connus. D’autre part, la question de l’éthique sous-jacente à l’exposition, la publication ou la vente ne peut être résolue que par la législation. À cet égard, la conférence s’intéresse particulièrement à certains enjeux dont l’application du choix libre et éclairé lorsque les produits sont issus d’un contexte thérapeutique, les enjeux relationnels inconscients liant le client à l’intervenant-thérapeute ainsi que les enjeux reliés à la vulnérabilité lorsqu’exposer devient s’exposer. Inévitablement, le public sera invité à se questionner sur l’art et ses normes dans divers contextes de pratique.
L’intervention par l’art occupe une place de plus en plus importante dans différents milieux de la société québécoise. Pourtant, malgré sa popularité grandissante et ses bienfaits reconnus scientifiquement, elle demeure une pratique relativement isolée et peu connue par rapport aux types d’interventions plus traditionnels. Or, en raison de sa flexibilité et de son accessibilité, l’intervention par l’art a l’avantage de s’adresser à une clientèle variée et de s’adapter à la réalité de divers milieux. Elle permet ainsi d’atteindre des populations qui peuvent se trouver ou se sentir exclues des canaux d’intervention plus traditionnels.
Toutefois, les pratiques d’intervention qui font appel à des modalités artistiques se situent souvent en marge d’une pratique clinique conventionnelle, à moins qu’elles ne relèvent de professions dont l’expression artistique sous toutes ses formes est l’outil privilégié et officiellement annoncé. Au Québec, il est alors question d’art-thérapie (arts visuels), de musicothérapie, de dramathérapie et, plus récemment, de thérapie par la danse et le mouvement. Dans ces cas précis, la pratique clinique s’appuie sur un rationnel théorique, des données issues de la recherche et une longue tradition de pratiques s’inspirant à la fois du milieu artistique et de celui de l’intervention. Néanmoins, il importe de rappeler que ces disciplines sont en émergence et luttent pour leur reconnaissance.
Dans tous les cas, les connaissances sur les effets de l’intervention par l’art, la compréhension des différentes conditions permettant le déploiement optimal de ces initiatives et les limites de ces approches sont encore à parfaire. D’autres questions méritent aussi que l’on s’y attarde : qu’advient-il lorsque ces initiatives sortent du milieu clinique plus conventionnel pour se déployer dans des milieux alternatifs qui vont à la rencontre de personnes qui ne sont pas servies autrement? Comment adapter une pratique d’abord clinique à un cadre non clinique? Comment se définissent ces pratiques lorsqu’elles ne sont pas menées par des thérapeutes par les arts? Quels objectifs poursuivent-elles?
Comme pour toute discipline en émergence, les initiatives issues du terrain et élaborées de manière plus ou moins intuitive par des intervenants qui, peut-on le présumer, ont d’abord un intérêt personnel pour les arts, ne trouvent pas toujours écho auprès des chercheurs. L’inverse est aussi vrai : les chercheurs qui s’intéressent aux retombées de l’expression artistique sur les populations plus vulnérables doivent faire preuve de créativité pour faire reconnaître la pertinence de leurs sujets de recherche et, parfois même, pour obtenir la collaboration des milieux de pratique. Il est grand temps que ces deux univers se rencontrent, que les idées s’exposent au grand jour et soient mises en lumière à travers le spectre d’une multitude de points de vue : intervenants psychosociaux, thérapeutes par les arts et chercheurs.
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