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Rency Inson Michel : Université Laval
L’intégration d’une sociologie haïtienne ayant une base philosophique et épistémologique adaptée au contexte local est une des faces de la complexité du développement local durable d’Haïti. En effet, la sociologie, en Haïti, est enseignée dans une structure universitaire qui se trouve prise dans une situation d’aliénation épistémique et d’« extraversion vers le Nord » suivant la conceptualisation de Haoutondji. Soit une situation d’injustice cognitive qui cause, entre autres, une infirmité cognitive des savoirs produits dans ces structures universitaires postcoloniales comme celles d’Haïti. Dans ce contexte, ce que Giddens appelle la double herméneutique est entravée ; pas seulement parce que la population serait peu éduquée comme le sous-tendent certains critiques. Ce problème origine d’abord dans l’orientation de l’enseignement de la sociologie en Haïti. Aussi, ma communication consistera à montrer comment, à partir de l’« épistémologie du lien » dialectisée par des chercheurs proches du sud comme Florence Piron, l’UEH pourrait instituer, dans sa politique d’enseignement, des méthodologies participatives en vue d’une co-construction de savoirs sociologiques. Je poserai donc, pour une pratique universitaire se transformant en praxis transformatrice de la réalité haïtienne, un modèle d’articulation entre science et société qui s’inscrit dans une vision subversive dans la restitution des savoirs par rapport à celle expliquée dans la conception capitaliste.
« Une autre science est possible : science collaborative, science ouverte, science engagée, contre la marchandisation du savoir », proposait-on il y a 10 ans lors du colloque de fondation de l’Association science et bien commun. Depuis cet événement, nous nous sommes interrogés avec plus de 200 chercheuses et chercheurs des pays du sud et du nord, professionnels et citoyens, notamment sur les politiques scientifiques, la science comme outil de développement durable, la liberté universitaire, la responsabilité sociale des chercheurs et chercheuses, la science ouverte, le libre accès et la justice cognitive.
Aujourd’hui, comment s’articulent les différentes visions des sciences? Entre l’idéal de la science néolibérale vectrice d’un développement économique mondialisé, l’idéal de la science positiviste qui existe à côté de la société, motivée par la découverte d’une Vérité unique sans égard aux besoins et aux conséquences, l’idéal de la science engagée dans laquelle les savoirs deviennent actifs, vecteurs de progrès social — mais au profit de qui? —, et l’idéal de la science ouverte, qui reconnaît la diversité des savoirs et invite le dialogue — mais peut-être au détriment de son propre pouvoir et d’une certaine cohésion sociale?
Quelles formes prennent aujourd’hui les idéaux alternatifs de la science ouverte, engagée ou inclusive? À quelles activités scientifiques sont-ils associés? Existent-ils encore en marge, peu reconnus, peu soutenus? Devant la crise des changements climatiques et celle de la pandémie de la COVID-19, prennent-ils une nouvelle importance ou sont-ils dénaturés? Comment pourraient-ils être mieux soutenus par les politiques scientifiques des divers pays, par les actions des universités partout dans le monde, et par les chercheurs et chercheuses au nord comme au sud? Quels sont les nouveaux domaines prioritaires émergés ou émergents de la science ouverte, engagée ou inclusive; biodiversité, agroécologie, droits de la personne, énergies?
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