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Dominic Martin : UQAM - Université du Québec à Montréal
Les entreprises et autres organisations privées du marché peuvent prendre des formes diverses en fonction de leur structure de propriété, leur mode de gouvernance, le degré de participation des employés dans la gouvernance, leurs valeurs et plusieurs autres caractéristiques. Pourtant, un type d’organisation est prédominant dans la majorité des économies capitalistes avancées : la société par actions. C’est-à-dire une forme d’entreprise où les détenteurs des capitaux propres sont les propriétaires, où les gestionnaires ont une obligation fiduciaire d’augmenter la valeur de la firme pour les actionnaires et où les employés ont peu d’influence sur les processus de gouvernance. Dans cette présentation, je m’interrogerai sur le manque de diversité organisationnelle dans le marché et ses implications pour la justice sociale. Par exemple, serait-il souhaitable d’augmenter la part des coopératives de travailleurs ou des entreprises hybrides dans le marché, de manière à mieux distribuer le capital et les revenus associés à l’activité économique, et à éviter certaines formes d’injustice commise à l’égard des travailleurs? Selon le point de vue prévalent en économie de la firme et dans le mouvement droit et économie, la société par actions est prédominante parce qu’elle est plus efficiente en réduisant les coûts de contrats entre les différents groupes constitutifs de la firme. Je montrerai notamment pourquoi on ne peut pas s’en remettre à cet argument.
Afin de faire écho au thème du 88e congrès de l’Acfas, intitulé Du jamais su, la Société de philosophie du Québec invite ses membres à réfléchir aux invisibles et aux inaudibles de la philosophie. Bien que la philosophie se veuille une recherche de vérité, une quête de sagesse, on peut se questionner sur ses angles morts. Qu’est-ce qui est mis de côté dans cette quête, et pourquoi? Nous pouvons penser à la philosophie grecque qui s’échafaude sur un rejet de la mythologie afin de fonder un discours rationnel. À la philosophie médiévale, dans la lignée de l’héritage de la tradition chrétienne, qui a, de son côté, contribué à un rejet du corps et du monde ici-bas. À Kant, dans son geste de déconstruction de la métaphysique, qui a séparé ce qu’il était possible de penser de ce qu’il était possible de connaître. Ou plus près de nous, au tournant linguistique qui est venu remettre en question le langage même de la métaphysique en traquant les énoncés mal formés et sans signification réelle.
Chaque époque, chaque courant philosophique semble mettre de côté certains aspects ou certaines expériences afin de délimiter son objet de connaissance et les possibilités de connaître, reléguant ces éléments à l’invisibilité ou à l’inaudibilité. Certains de ces aspects semblent ensuite être « redécouverts » par les courants subséquents, ouvrant ainsi des débats dans l’histoire de la philosophie. S’intéresser aux invisibles et aux inaudibles pourrait se révéler une manière de penser à nouveaux frais l’histoire des débats philosophiques et la formation du canon en philosophie; une manière de réfléchir à ceux et celles qui font l’histoire et du même coup, à ceux et celles qui sont tombé.e.s dans l’oubli, aux voix marginalisées. Qu’est-ce qui se cache dans les marges de la philosophie? Y a-t-il du jamais su?