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La juridicité au sein des médias sociaux : vers un décloisonnement des lieux du droit

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Alexandra Bahary-Dionne : Université d'Ottawa

Résumé de la communication

La littérature juridique aborde généralement les mutations d’Internet sous l’angle de leurs impacts sociojuridiques, à travers une lentille spéculative et prescriptive. Mais comment les internautes utilisent-elles les outils techniques? Et quels contours de la juridicité ces usages contribuent-ils à faire émerger ou à dévoiler?

J’aborderai ces questions en présentant les résultats d’une ethnographie sur les pratiques informationnelles des personnes ayant des questionnements juridiques à travers l’analyse de leurs conversations sur deux groupes Facebook. Aux frontières du droit et de la communication, ce projet vise à éclairer un recoin de la partie immergée de l’iceberg de la juridicité, à rebours de ses lieux officiels.

Si l’on peut concevoir les médias sociaux comme des espaces en coulisse de l’activité législative et judiciaire, il s’agit surtout d’espaces de réception et de production de la juridicité puisqu’ils mettent à l’avant-scène une parole citoyenne souvent ignorée dans la recherche juridique. Or, ce que cette parole permet, c’est aussi une redécouverte des lieux officiels du droit (loi, tribunal). Puis, la méthode ethnographique met en lumière un décloisonnement croissant entre le virtuel et le matériel alors qu’ils se confondent et se transforment mutuellement. Le « terrain » juridique pourrait-il alors être un assemblage entre divers espaces virtuels et matériels (tribunal, Facebook, liens URL), à l’interface entre les lieux officiels et officieux du droit ?

Résumé du colloque

Le droit est souvent abordé par ses règles, parfois même identifié à celles-ci. Pourtant, on le sait, le droit ne se trouve pas nécessairement dans les textes de loi. Aussi, si la loi est un lieu traditionnel du droit, il est juste de dire que le droit existe au-delà des règles, au-delà de la loi.

Mais quelle est donc l’étendue de cet au-delà? Où trouve-t-on le droit? Et quelle forme y prend-il? Mieux encore, que se passe-t-il quand on pense le droit à partir de ses lieux? Que se passe-t-il quand on trouve le droit là où l’on ne s’y attendait pas?

Ce colloque a pour objectif de repenser le droit à partir de lieux particuliers. La notion de lieux doit être comprise comme l’entendait Pierre Nora dans Les lieux de mémoire, c’est-à-dire « dans tous les sens du mot, de l’objet le plus matériel et concret […] à l’objet le plus abstrait et intellectuellement construit ». Il peut donc s’agir d’un monument, d’un personnage, d’une archive, d’un objet quotidien comme une table ou un ustensile, d’un conte pour enfants, d’une œuvre d’art, d’un symbole, d’un adage, d’un événement, d’une institution ou même d’une discipline. La liste est infinie.

Nous partons de l’hypothèse que s’attarder aux lieux du droit permettra aux juristes de devenir « étrangers à eux-mêmes » et ainsi de redécouvrir les lieux traditionnels du droit (la loi, la jurisprudence, la doctrine, mais également la prison et les codes vestimentaires) ou même de découvrir de nouveaux lieux, de nouvelles « archives », de nouveaux « terrains », de nouveaux « studios », de nouvelles « scènes » du droit, de nouveaux « récits » (contes pour enfants, poèmes), de nouvelles « sonorités » (musique), et de nouveaux « objets » (peinture, objets de musée).

En multipliant les lieux du droit, le droit et notre appréhension du droit prennent ainsi de nouvelles formes. Lire ne veut plus dire simplement reconnaître les mots du droit, mais redécouvrir ses multiples manifestations et ses multiples sens. Le droit ne se limite plus à la loi ou au texte, il devient nécessairement polymorphe. Sa matérialité, souvent oubliée, fait alors inévitablement surface. Cette multiplicité des formes et des matières force les juristes à remettre en question leurs présupposés, à réexaminer leurs habitudes et à s’ouvrir à de nouvelles sensibilités, à de nouvelles juridicités.

Ce colloque sera l’occasion de regrouper des chercheur·euse·s de disciplines diverses qui, chacun·e·s à leur manière, questionnent leur rapport au monde par l’intermédiaire d’artefacts juridiques. Il a pour objectif de contrecarrer les tendances réductionnistes dans la recherche et l’enseignement en droit qui isolent le droit et l’identifient aux règles en vigueur en oubliant leurs contextes et leurs textures.

Penser les lieux du droit permet de penser le droit de la manière la plus riche possible et, ainsi, d’en apprécier la disciplinarité, la scientificité, comme des gestes culturels et poétiques.

Penser les lieux du droit, c’est penser sa polyjuridicité.

Contexte

section icon Thème du congrès 2021 (88e édition) :
Du jamais su
news icon Thème du colloque :
Les lieux du droit
section icon Date : 7 mai 2021

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Titre du colloque :

Les lieux du droit

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